Celui qui va mourir plus tôt doit partir plus tôt

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Plusieurs associations appelaient à manifester samedi pour défendre le départ anticipé des salariés exposés à des produits dangereux.

Ils réclament « une vraie reconnaissance de la pénibilité » dans le projet de réforme des retraites du gouvernement.

Comme chaque année, Agnès, la trentaine, est venue défiler samedi à Paris, aux côtés de son père, président du collectif des amiantés du secteur de Mimizan pour, cette fois-ci, réclamer dans le cadre de la réforme des retraites « une vraie reocnnaissance de la pénibilité » et des départs anticipés. « Beaucoup de gens meurent aux alentours de l’âge de la retraite et ne peuvent pas en profiter. C’est inadmissible. On n’a pas le droit de mourir au travail. », s’insurge la jeune femme.

Quelque 5000 personnes – 2100 selon la police – ont défilé samedi à l’appel de l’Andeva (victimes de l’amiante) et de la Fnath (accidentés de la vie) de la gare Montparnasse au quartier Sèvres-Babylone, derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Ceux qui vont mourir plus tôt doivent partir en retraite plus tôt ».Sur les pancartes brandies tout au long du cortège, les revendications éclatent, claires et nettes : « La pré-retraite, ce n’est pas un privilège, c’est un droit » ou encore : « Taux 0%, usés à 100% ». Autant de messages qui font directement allusion au projet gouvernemental qui prévoit que seuls les salariés justifiant d’un taux d’incapacité permanente supérieur à 10% pourront continuer à partir en retraite à soixante ans, sous certaines conditions.

Initialement fixé à 20%, ce taux avait été revu à la baisse après la journée interprofessionnelle du 7 septembre dernier. Mais ça ne suffit pas. « Il n’y a pas de prise en compte de la pénibilité mais seulement des victimes du travail. En restant sur une incapacité médicalement constatée, le gouvernement exclut des milliers de travailleurs exposés à des conditions de travail réduisant leur espérance de vie, comme le travail de nuit ou l’exposition à des substances cancérogènes, mais d’entraà®nant pas d’incapacité immédiate » explique Alain Guérif, président de l’Andeva. et de donner un exemple : « Beaucoup d’ouvrier en contact avec l’amiante sont tombés malades quelques années après leur retraite et sont morts avant soixante ans ».

« Le gouvernement fait semblant de ne pas comprendre ce qu’est la pénibilité » surenchérit Arnaud De Broca, secrétaire général de la Fnath, qui réclame « des retraites anticipées » pour ceux « cassés dès cinquante deux ans et qui ne peuvent travailler jusqu’à soixante ans ».

Pour les salariés qui ont été exposés à l’amiante, il existe une allocation de cessation anticipée d’activité (Acaata), qui permet une préretraite dans certains secteurs, comme la réparation navale. « Le dispositif devrait continuer d’exister, mais le fossé va se creuser avec les autres victimes du travail qui ne seront pas prises en charge », surenchérit François Desriaux, porte-parole de l’Andeva.

De nombreux slogans faisaient également référence à la demande d’un procès pénal pour les victimes de l’amiante : « Amiante, 10 morts par jour, ni responsable, ni coupable ». Une nouvelle manifestation est prévue en octobre à ce sujet.

Alexandra Chaignon