Cancer et travail: la «triple peine» des plus modestes

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Chaque année, des dizaines de milliers de personnes reprennent leur activité professionnelle après avoir été soignées pour un cancer. La moitié des 350 000 malades du cancers diagnostiqués par an ont en effet moins de 65 ans. Lors d’un colloque «Cancer et travail: où en est-on?» organisé la semaine dernière à Paris par l’Institut national du cancer (Inca) et l’Association pour la recherche sur le cancer (Arc), les participants ont souligné combien cette reprise d’activité est difficile.

Reprendre le travail

En 2004, une étude montrait déjà que 20% des malades avaient perdu leur travail deux ans après le diagnostic de cancer. Un constat recoupé par une autre enquête menée en Ile-de-France et qui a donné des chiffres voisins: deux ans après la découverte du cancer, 79% des patients travaillaient, dont 60% sur le même poste. Mais 20% estimaient qu’ils étaient pénalisés, avec de moindres responsabilités qu’avant la maladie voire des refus de promotion. Parmi les causes de ces problèmes: le manque de coordination avec la médecine du travail, une organisation du travail qui ne laisse pas de place à la maladie, une non préparation du retour à l’emploi…

Inégalités sociales et cancer

La situation des malades du cancer reprenant leur activité varie en fonction des catégories socio-professionnelles. Les cadres se réinsèrent plus facilement dans leur emploi que les ouvriers ou les employés. Financièrement, les hommes qui avaient déjà de faibles revenus se retrouvent plus démunis encore après la maladie. Or le risque de développer un cancer touche d’abord les personnes socialement défavorisées, exerçant plus souvent des métiers les exposant directement à l’amiante, aux solvants ou aux poussières de bois. La maladie est plus fréquente chez les salariés les moins diplômés et ceux qui ont des métiers manuels. Ces malades subissent une «triple peine»: plus de risques de cancer, le cancer lui-même, et des difficultés plus grandes pour retrouver ou reprendre leur travail.

Cancer et conditions de travail

Le lien entre conditions de travail difficiles et cancer s’est retrouvé mis à nu à travers plusieurs études, comme l’enquête CECILE menée par l’Inserm en Ille-et-Vilaine et en Côte-d’Or auprès de 2 500 femmes (dont la moitié touchée par un cancer du sein). CECILE a mis en évidence un risque accru de ce cancer chez les infirmières et les ouvrières de l’industrie textile. Les femmes ayant travaillé de nuit (23h-5h) présentent un risque accru de cancer du sein de 40% par rapport aux femmes n’ayant jamais travaillé de nuit. Un risque qui augmente encore quand le travail de nuit dure plus de trois ans ou quand les horaires changent fréquemment.