Le procès de l’amiante (La Marseillaise)

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Audience au-Tribunal des prud’hommes hier pour cinq anciens salariés de sites chimiques exposés durant leur carrière professionnelle.

« Amiante: 3000 morts par an », « Six morts à l’usine chimique de Port de Bouc»:

les banderoles déposées hier matin devant le tribunal des Prud’hommes à Paradis Saint-Roch par les militants de l’Association de Défense des Victimes des Maladies Professionnelles (ADEVIMAP) étaient on ne peut plus explicites, L’audience ayant enfin pu se tenir après six reports, l’association était venue soutenir cinq anciens salariés des sites Atofina (aujourd’hui Arkéma-Albemarle-Azur Chimie (les Sociétés ayant changé plusieurs fois de mains). «Embauchés par Atofina Fos-Port de Bouc, les cinq salariés ont été amenés à intervenir sur les deux sites avant leur séparation en 1996» précisait l’avocate de l’ADEVIMAP: Me Julie Andreu.

En 2003, le site de Port de Bouc est cédé à Albemarle qui le cèdera à son tour à Azur Chimie en décembre 2008. En 2010, Azur chimie, dernier site industriel de Port de Bouc, a fermé ses portes

Les cinq salariés, «massivement exposés aux poussières d’amiante» selon leur avocate « dirigent leur action, contre Arkéma» et réclament des dommages et intérêts à la société. Aujourd’hui, ces salariés qui ont tous plus de 30 ans de carrière comme opérateurs ou agent de maà®trise dans ces diverses sociétés « perçoivent une allocation correspondant à 65% de leur salaire, ce qui signifie la précarité» soulignait Me Julie Andreu.

Pour l’avocate, « on ne peut remettre en cause l’exposition à l’amiante», y compris après l’interdiction liée à la loi de 1996 et «l’employeur fautif doit assumer les conséquences».

« Le préjudice d’anxiété»

Confrontés à une « situation d’inquiétude permanente» (le temps de latence entre une exposition prolongée et le déclenchement d’une pathologie grave peut aller jusqu’ à 30 ans selon plusieurs interventions prononcées hier matin) les salariés sont en droit d’invoquer « le préjudice d’anxiété » et de réclamer 15 000 euros de dommages et intérêts (à l’exception d’un des cinq salariés dont la maladie est répertoriée dans le tableau des maladies de l’amiante).

Me Julie Andreu a cité des témoignages sur l’atelier chlore-soude démarré en 1976 «à cette époque on livrait de l’amiante, stockée dans la partie sèche et jusqu’en 2001, les obligations à la charge de l’employeur n’ont pas été respectées» et sur un enquête réalisée par le CHSCT en 2001 concluant « la présence d’amiante dans le vestiaire, l’atelier; les bureaux»

Jugement en février 2011

Si les avocats d’Albemarle et d’Azur Chimie ont en quelque sorte renvoyé la balle dans le camp d’Arkéma « les faits ne peuvent pas mettre en cause Albemarle» soulignait le défenseur de cette société), l’avocat d’Arkéma a fait référence à « l’incurie collective» à l’origine du drame de l’amiante. « Le système de l’allocation de cessation anticipée d’activité concernaient les groupes de travailleurs exposés gravement à l’amiante comme dans le bâtiment ou les établissements faisant du flocage, en aucun cas cela ne visait les sociétés qui auraient exposé de manière accidentelle» plaidait-il, demandant en conséquence le «débouté ».

Le jugement sera rendu le 24 février 2011.