Cancer et travail – Qui a dit que le travail, c’est la santé ?

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Suite à un colloque réuni en décembre dernier, l’Association pour la Recherche sur le Cancer et l’Institut national du cancer ont présenté les résultats de leurs travaux sur le thème « cancer et travail ».

Les chercheurs avaient exploré les répercussions de la maladie et de ses traitements sur l’emploi et le travail des personnes atteintes. Il s’agissait de mieux connaà®tre les facteurs de risques professionnels du cancer et les conditions de sa reconnaissance comme maladie professionnelle.

Près d’une personne sur deux atteintes d’un cancer ayant moins de 65ans, le maintien à l’emploi ou le retour à la vie active est devenue une question fréquente. Il n’en reste pas moins que les chances de pouvoir exercer une activité professionnelle deux ans après un cancer continuent d’être réduites, notamment pour les personnes en contrat précaire ou appartenant à des catégories défavorisées.

Les salariées atteintes, par exemple, d’un cancer du sein perdent généralement leur emploi dans les 10 à 16mois suivant le diagnostic de leur maladie. 28mois après, une femme sur cinq n’a plus d’emploi.

Cela découle à la fois de la précarité du statut et de l’état de santé, mais aussi d’une communication inexistante entre médecin traitant et médecin du travail.

Généralement, les mécanismes permettant de maintenir une activité par un aménagement du poste de travail sont mal connus et peu utilisés.

20 % des salariés atteints d’un cancer au cours de leur carrière professionnelle ne retrouvent aucun emploi.Et pour ceux qui obtiennent, par exemple, un mi-temps thérapeutique, l’absence d’embauche d’une autre personne à mi-temps par l’employeur entraà®ne des conflits avec les collègues sur qui retombe le travail.

Il y a aussi bien des salariés qui masquent leur maladie pour ne pas perdre leur emploi, ce qui n’est pas l’idéal pour préserver leur santé.

Certains emplois sont plus exposés que d’autres. Une étude portant sur 1 234femmes atteintes d’un cancer du sein souligne un risque accru chez les infirmières et les ouvrières de l’industrie textile et d’une façon générale pour les femmes ayant travaillé au cours de nuits complètes, dont le risque de cancer augmente de 40 %.

D’autres chercheurs ont noté un excès de cancers du poumon ou des voies aéro-digestives supérieures chez les monteurs et monteuses d’appareils électriques ou électroniques, les plombiers et tuyauteurs, les travailleurs de la construction et les ouvrières du façonnage et de l’usinage des métaux.

Au total, 13,5 % des salariés, soit 2,37millions, sont exposés à un risque de cancer au travail. à€ 70 % cela concerne des ouvriers et, à 84 %, des hommes.

85 % des cancers de la plèvre (mésothéliome, découlant de l’exposition prolongée à l’amiante) sont d’origine professionnelle, alors que pour les autres cancers la proportion varie de 2 % à 40 %.

Par ailleurs, les travailleurs de la sous-traitance et de l’intérim sont plus exposés que les travailleurs en statut non précaire. Cela découle de la plus grande exposition aux substances et procédés cancérigènes mais aussi de la moindre connaissance des risques professionnels et de la moindre prévention. Les travailleurs précaires sont également ceux qui ont le plus de mal à faire reconnaà®tre leur maladie professionnelle. Autrement dit, avec les travailleurs précaires, les patrons prennent encore moins de gants qu’avec les autres.

Jacques FONTENOY