Après l’amiante, un suivi par scanner ?

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Avez-vous été exposé à l’amiante au cours de votre vie professionnelle ? Si oui, vous pouvez bénéficier d’un suivi spécifique comportant un dépistage des maladies respiratoires liées à cette dernière : cancer du poumon, mésothéliome…

Le scanner est alors jugé préférable à la radiographie – mais son utilisation doit être décidée par le malade, après que le médecin lui ait clairement et complètement expliqué ses bénéfices et ses risques. L’amiante a certes beaucoup fait parler d’elle depuis quelques années, et n’est plus utilisée aujourd’hui. Son interdiction en France date en effet de 1997, mais elle était si intensive jusque là qu’en réalité, la moitié des travailleurs indépendants et un salarié sur quatre y auraient été exposés pendant leur vie professionnelle. Le plus souvent ce sont des anciens du bâtiment, de la construction navale ou de l’industrie liée à la production ou l’utilisation du fibrociment.

Suivi post-professionnel

Si vous avez été exposé à l’amiante dans le cours de votre carrière donc, vous pouvez bénéficier d’un suivi post-professionnel (SPP) spécifique. Et cela, quel que soit votre régime de protection sociale.

En mai 2010, la Haute Autorité de Santé (HAS) a précisé les modalités de ce suivi. Le Pr Christophe Paris, médecin du travail à Nancy et président de la « Commission d’audition » qui s’en est chargée, est revenu sur le sujet lors du Congrès de Pneumologie de Langue française, à Lille, en février dernier.

« La réglementation actuelle concernant le dépistage des maladies liées à l’amiante préconise un examen radiologique tous les deux ans » a-t-il expliqué à ses confrères. « Mais cette réglementation date de 1995. Elle est donc totalement obsolète » aujourd’hui. En effet, la radiographie s’avère beaucoup moins sensible que le scanner, et ne décèle des anomalies qu’à partir d’une certaine taille. « Le scanner ne doit cependant pas être systématique et sa réalisation doit être discutée avec le patient » poursuit le Pr Paris.

Bénéfices et risques du scanner

Il explique en effet, que « le scanner expose à une irradiation, ce qui n’est jamais anodin ». Il est vrai que l’examen radiographique est lui aussi à l’origine d’une irradiation, mais celle-ci est en moyenne 10 fois moins importante que celle entraà®née par un scanner.

L’indication de l’examen doit donc être posée et discutée au préalable. Par ailleurs tous les nodules détectés par un scanner ne traduisent pas forcément l’existence d’un cancer. Ce sont donc ce qu’il est convenu d’appeler des « faux positifs », et « leur surveillance peut être angoissante et nécessiter d’autres examens, plus invasifs. »

Une fois que le médecin vous aura expliqué les différentes implications du dépistage selon votre cas personnel (durée et type d’exposition), c’est à vous de faire le choix – ou non – du scanner. Le libre choix du patient est en effet inscrit dans les textes.

Ce dernier précise la HAS, « doit avoir reçu toutes les informations nécessaires pour décider librement s’il veut ou non, bénéficier du dépistage proposé ». Si le premier examen est normal, il est recommandé de le réitérer tous les 5 ans en cas d’exposition forte à l’amiante, et tous les 10 ans dans les autres cas.

Auprès de qui faire ce suivi ?

« Le médecin traitant, en relation avec le pneumologue, réalise ce suivi post-professionnel » explique le Pr Paris. « Pour être pris en charge dans le champ professionnel, une demande d’entente préalable avec la Sécurité Sociale est nécessaire.

Ses résultats sont très dépendants des caisses et des régions. En Normandie par exemple, où beaucoup de professionnels ont été exposés, cette entente ne pose pas de problème. Dans le cas contraire, l’examen prescrit sera pris en charge hors champ professionnel. »

Pour en savoir plus, consultez le site l’Institut national de Recherche et de Sécurité (INRS) dédié à l’amiante ; et les recommandations de la HAS relatives au Suivi post-professionnel (SPP).

Source : Congrès de Pneumologie de Langue française, 28 janvier 2011, Lille – interview Pr Christophe Paris, 9 février 2011 – Conclusions de la commission d’audition de la HAS sur le suivi post-professionnel de l’amiante, mai 2010.