Casale-Monferrato: pour un monde sans amiante

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Les 28 et 29 avril, à Casale-Monferrato (Italie), à l’occasion de la 6e Journée mondiale des victimes de l’amiante, des délégations venues du monde entier se sont retrouvées dans la cité italienne, tristement célèbre pour son lourd tribu payé à la fibre mortelle .

Cette journée a coà¯ncidé avec la Journée mondiale de la sécurité et santé au travail et les représentants des différentes organisations (associations de victimes dont, pour la France, l’Andeva, des Comités amiante, prévenir et réparer, les Mutuelles de France) ont non seulement insisté sur la nécessité de l’interdiction de l’amiante, partout, mais aussi pour que la pénibilité du travail – qui, en l’occurrence a déjà fait, dans cette affaire, des dizaines de milliers de morts – soit prise en compte, reconnue, réparée et que les coupables paient (Voir: II- Amiante: réparation et indemnisation ).

Car, si en Italie, justement, viennent de se tenir de longs mois de procès, en pénal, contre des dirigeants du groupe Eternit (L’amiante en procès à Turin), la catastrophe humanitaire causée par la contamination environnementale, tant pour les générations actuelles que celles à venir, est loin d’être prise en compte.

Les leçons politiques n’ont pas été tirées «Dernier scandale en France, à Paray-le-Monial, à Vitry-en-Charollais, l’Etat par l’intermédiaire du préfet, a autorisé la société Eternit (…) à stocker, à proximité immédiate de l’usine, 50 000 tonnes d’amiante sur le site d’Eternit.» Antoine Di Ruzza (Mutuelle de France Plus), qui menait en Italie la délégation de la Fédération des Mutuelles de France, a insisté sur les leçons, toujours à tirer, de cette catastrophe sanitaire.

Le dirigeant mutualiste a également insisté sur la dimension sociale de la catastrophe dont les dégâts, en France, sont assumés par la collectivité nationale. «Notre système de santé est ainsi fait que c’est la collectivité nationale qui assume les dégâts humaines causés par quelques marchands de morts.» «Notre Sécurité sociale, renchérit Antoine di Ruzza, nos mutuelles, sont directement concernées par le coà»t économique d’un tel désastre sanitaire. La légitimité de notre intervention vise à faire supporter les coà»ts aux vrais responsables de cette situation. Elle se conjugue avec nos actions de prévention, de dépistage, d’accompagnement de nos adhérents, de leurs familles et des populations.»

De nouvelles priorités à définir

Le représentant du Pôle prévention de la Fédération des Mutuelles de France a également précisé quelles sont, pour les dirigeants mutualistes, les priorités à donner au combat contre l’amiante: un suivi post-professionnel qui doit être organisé de manière à permettre à toutes les personnes ayant été exposées ou susceptibles de l’avoir été, l’accès à l’information sur les traitements médicaux et sur l’approche thérapeutique des maladies dues à l’amiante.

L’information sur la réparation des préjudices doit aussi, pour lui, être mieux organisée. Enfin, la Fmf réclame que soient affectés d’urgence les fonds nécessaires à la recherche sur les pathologies dues à l’amiante, notamment le mésothéliome.

Une motion contre le Canada et le Québec

Cette journée d’hommage aux victimes a été l’occasion de moments émouvants, de nombreux Casalais ayant connu directement de nombreux décès parmi leurs proches. Des milliers de fleurs ont été déposées en hommage à tous les morts de l’amiante.

En première mondiale, les délégations ont pu assister à la projection du film Polvere (Poussière), documentaire de Niccolo Bruna et Andrea Prandstraller qui retrace les trente années de lutte et le procès de Turin, à travers les témoignages d’une victime de mésothéliome et des trois animateurs de ce combat: Nicola Pondrano, Bruno Pesce et Romana Blasotti Pavesi, présidente d’honneur de l’association des victimes de Casale.

Deux motions ont été élaborées et votées par les associations présentes à Casale-Monferrato.

L’une en soutien à Fernanda Giannasi (Brésil). Défenseure des droits de l’homme au Brésil et dans le monde, Fernanda Giannisi fait l’objet de procédures judiciaires et administratives «injustes et sans fondement» rappellent les associations demandant «qu’il soit mis fin rapidement aux menaces dont elle a récemment été l’objet».

Par ailleurs, les participants au rassemblement de Casale-Monferrato ont adopté une motion exigeant du Canada et du Québec qu’ils cessent de financer l’Institut du chrysotile , que le gouvernement du Québec cesse de financer l’industrie minière de l’amiante et en particulier n’accorde pas de garantie de prêt à la mine Jeffrey, mine d’amiante géante qui serait dédiée à l’exportation vers l’Asie.

Ils réclament également que l’amiante chrysotile soit inscrit sur la liste des produits dangereux prévue par la Convention de Rotterdam et que le Canada cesse toute exportation d’amiante et interdise complètement l’amiante.