Bitume : les juges demandent une expertise

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La cour d’appel de Lyon a renvoyé son jugement dans l’affaire de l’ouvrier décédé d’un cancer de la peau après exposition au bitume.

Elle demande un deuxième avis d’experts. «Comme dans l’affaire de l’amiante, les victimes, toujours et encore, doivent plaider longuement pour obtenir reconnaissance de leurs droits. » C’est avec ce commentaire serein que Jean-Jacques Rinck, avocat de la famille de l’ouvrier décédé en 2008 des suites d’un cancer de la peau après exposition au bitume, a accueilli la nouvelle du renvoi du jugement.

Il y a un an, presque jour pour jour, le tribunal des affaires de Sécurité sociale de Bourg-en-Bresse (Ain) reconnaissait la faute inexcusable de l’employeur Eurovia (filiale de Vinci) dans le décès de José-Francisco Serrano-Andrade, employé pendant vingt ans à l’épandage du bitume sur les routes.

La cour d’appel de Lyon devait se prononcer hier sur l’affaire, mais les juges ont estimé ne pas disposer d’éléments suffisants pour trancher et ont renvoyé l’affaire à une nouvelle audience qui se tiendra le 29 novembre prochain. D’ici là , ils souhaitent un nouvel éclairage scientifique sur le lien entre la maladie et l’exposition au bitume.

Le cancer avait été reconnu en maladie professionnelle en 2007 par le comité régional de reconnaissance (C2RMP) de Rhône-Alpes, un organisme de la Sécurité sociale composée de médecins experts.

Les juges demandent que le dossier soit réexaminé par le C2RMP de Bourgogne.

Hier, l’avocat d’Eurovia, Me Adrien-Charles Dana, qui maintient que le bitume est inoffensif, et que le cancer est dà» au soleil, s’est dit « pleinement satisfait » d’une décision « au service de la vérité », précisant qu’il a « des rapports complémentaires à joindre au dossier ». Pas de quoi démonter le camp des victimes : « Aucune étude ne dit que le bitume est inoffensif, ironise Me Rinck. Je suis très heureux que la cour n’ait pas réformé le jugement de Bourg-en-Bresse, et laisse une porte ouverte. » Même satisfaction à la CGT, qui soutient la famille : « Vu les enjeux, ça semble logique que la justice demande un complément d’enquête », estime Frédéric Mau, délégué CGT chez Eurovia. « De toute façon, quelle que soit l’issue de ce procès, il y aura un avant et un après Bourg-en-Bresse.

Dans la construction mais aussi à l’équipement, les ouvriers concernés parlent énormément de cette affaire de bitume. On va continuer à secouer le cocotier. »

Fanny Doumayrou