Les victimes de l’amiante contre la réforme du FIVA

octobre 16, 2012 4:08 Publié par

La photo est pratiquement historique : les responsables des principales associations de défense de victimes de l’amiante réunis, portés par le même combat.

Si la réforme du FIVA n’annonce rien de bon pour les victimes, elle aura au moins eu le mérite, à Dunkerque, de rapprocher des structures exemplaires chacune de leur côté, mais qui avaient choisi des méthodes de combat différentes, et qui avaient plutôt tendance à s’ignorer qu’à collaborer.

L’Ardeva, l’APDA et l’Advasud (ces deux structures étant rattachées à la CGT) ont donc mobilisé leurs troupes ces dernières semaines, pour s’opposer à un projet de décret modifiant le fonctionnement du fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante.

200 personnes étaient ainsi rassemblées devant la sous-préfecture de Dunkerque. Puis d’autres actions ont pris le relais, devant le siège d’ArcelorMittal, puis directement dans les locaux du FIVA, à Paris. « La réforme nous concerne tous, résume Jacques Dehorter, le président de l’APDA.

On ne nous fera pas croire que des patrons en plus au FIVA vont améliorer les indemnisations des victimes.

La preuve, quand des associations attaquent en faute inexcusable avec un malade à 5% d’incapacité, les patrons font appel ». Référence explicite au cas d’un ancien salarié d’ArcelorMittal. « Deux fois la faute inexcusable a été reconnue, mais l’entreprise continue de faire appel ! s’insurge Jean-Pierre Decodts, un fidèle militant.

Le problème, c’est qu’au niveau européen, les plaques pleurales ne sont pas reconnues. Mais une étude menée avec la pneumologue Evelyne Lelieur a démontré que 30% des personnes atteintes de plaques pleurales développent des cancers ».

Mais le combat le plus urgent, pour les victimes, est celui du FIVA.

Le gouvernement envisagerait de bousculer son paritarisme en instillant une dose plus importante d’employeurs. Et si, sur ce point, l’Etat serait enclin à reculer, il persiste à vouloir changer de magistrat à la tête de ce fonds, pour nommer quelqu’un de… moins indépendant. « Mettre davantage de représentants des employeurs, la ficelle était trop grosse. Là , la ficelle est moins épaisse, mais le principe est le même », dénonce Pierre Pluta, le président de l’Ardeva. Conséquence prévisible, selon lui : « le FIVA baissera fortement ses indemnités, et parallèlement, les indemnisations des tribunaux s’ajusteront à la baisse ». Toutes les victimes seraient donc perdantes en définitive. De quoi écoeurer Claude Tange, de l’Advasud : « non contents d’avoir empoisonnés des milliers de familles, les patrons agissent aujourd’hui comme si tout leur était permis, avec la complicité du gouvernement et du Président de la République ».

Christophe BERRIER