La manif silencieuse fait du bruit

octobre 16, 2012 4:05 Publié par

Les 2500 manifestants, beaucoup exhibant des portraits de victimes mortes, venaient de toute la France et même de l’Italie.

Par respect pour les morts et leurs familles, c’est en silence que les victimes de l’amiante ont défilé hier sous les fenêtres de Xavier Bertrand, ministre et maire de Saint-Quentin.

C’est une première et elle aurait prodigieusement agacé le maire-ministre Xavier Bertrand : «On enfreint le code implicite qui veut que les manifestations aient lieu sous les fenêtres du ministère », convient Michel Parigot, vice-président de l’Andeva (association nationale de défense des victimes de l’amiante).

Conséquence du cumul des mandat et fonction, c’est dans la ville du maire que 2 500 personnes sont venues crier leur colère au ministre. Comme le veut une triste tradition, le cortège a rallié le palais des Sports à l’hôtel de ville dans un silence impressionnant. «Par respect pour les morts et leurs familles », avait prévenu le président de l’Andeva Pierre Pluta.

En ligne de mire des diverses associations réunies en collectif se trouvent deux décrets ministériels, l’un entré vigueur, l’autre fortement amendé. Le premier concerne la prévention des risques. «Un décret de 2001 donnait au maximum neuf ans pour achever les travaux de désamiantage. En juin, Xavier Bertrand a décidé que des dérogations pourraient être prorogées à l’infini. Face aux intérêts financiers, il a permis qu’aucune sanction ne frappe les propriétaires délinquants. » Le second a trait à la composition et à la présidence du fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA). «Cet organisme est paritaire, entre associations et syndicats d’une part, Medef de l’autre. En plein été, le ministre a essayé de donner deux sièges de plus aux partons », dénonce Jean-Pierre Decods, un ancien de la construction navale, lui même victime. «Il a aussi voulu nommer un magistrat de la cour des comptes, nommé par l’état, plutôt que la cour de cassation, nommé par ses pairs, à la présidence.

On comprend bien que la logique, c’est de remettre en cause les indemnisations », poursuit Jean-Pierre Decods. à€ la fin de l’été, le ministre a finalement figé la composition du FIVA et renommé pour trois ans une présidente de la cour des comptes à sa tête.

Dans un courrier en date du 12, adressé à un élu du Nord, il affirme d’ailleurs que «le sort des personnes exposées à l’amiante et de leurs proches est une préoccupation constante du gouvernement ».

Hier, au départ du cortège, Xavier Bertrand prenait le soleil en terrasse de la pizzeria Mario et à son terme, inaugurait une salle de musique au Palais de Fervaques, protégé par six camionnettes de gendarmes mobiles…

TONY POULAIN