Amiante : fin des poursuites pour six dirigeants d’Eternit

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La cour d’appel de Paris a annulé hier six mises en examen dans l’enquête sur la mort d’anciens salariés du groupe d’amiante Eternit, levant en particulier celle de l’ancien dirigeant Joseph Cuvelier.

Le directeur du groupe, de 1971 à 1994, avait été mis en examen en novembre 2009 pour homicides et blessures involontaires. Il lui était alors reproché l’absence de mesures de sécurité nécessaires pour protéger les salariés de l’exposition aux fibres d’amiante dans cinq usines du groupe Eternit dont celle de Valenciennes-Thiant.

Pierre Pluta, président dunkerquois de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (ANDEVA), est abasourdi par la nouvelle : « C’est l’incompréhension, la consternation. Je ne vois pas ce qui motive de telles décisions, ça me paraà®t incroyable. Comment cela est-il possible ? On sait tous ce que représente Eternit dans ce scandale de l’amiante. »

De source judiciaire, les mises en examen ont été annulées en raison de l’insuffisance de précision sur la période de temps couvrant les faits reprochés, ainsi que sur l’absence de spécification des lois invoquées pour justifier la qualification des mises en examen.

Jean-Michel Despres, président du Comité amiante prévenir et réparer (CAPER) de Thiant, a travaillé 34 ans dans l’usine Eternit du Valenciennois. L’arrêt de la cour d’appel de Paris le met hors de lui : « Il y a une justice qui demande aux victimes de rembourser des indemnités (nos éditions précédentes). Et une autre justice qui déroule le tapis rouge à des dirigeants qui ont privilégié leur portefeuille à la santé de leurs salariés. Il nous a fallu quatorze ou quinze ans pour obtenir ces mises en examen et on arrive à ça ? »

Vingt ans en Italie

Et le président du CAPER d’ajouter : « On a enterré un membre de notre conseil d’administration jeudi. Il est mort d’un mésothéliome . Après, on nous dit que ce n’est rien. Les empoisonneurs eux, ne sont pas inquiétés. »

En Italie, une peine de vingt ans de prison a été requise en juillet à Turin contre l’ex-propriétaire d’Eternit et un ancien actionnaire belge d’Eternit Italie dans le cadre du plus grand procès jamais organisé sur le drame de l’amiante. Le verdict est attendu en 2012. €¢

PIERRE-LAURENT FLAMEN