La justice italienne doit se prononcer lundi au terme d’un procès hors norme.

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Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne sont accusés d’être responsables de la mort d’environ 3000 personnes en Italie.

Un procès aux dimensions gigantesques : 2 300 décès dus au cancer de la plèvre – dont 1 800 dans la seule ville de Casale Monferrato -, 700 personnes atteintes de fibrose pulmonaire, 5 000 parties civiles, un dossier de 220 000 pages… 800 parents de victimes de l’amiante seront présents au tribunal de Turin et distribués jusque dans le palais des congrès équipé pour l’occasion d’un système de retransmission. Parmi eux, des Français venus d’Ardèche, de Haute-Savoie, de Lorraine et de Dunkerque, les régions françaises qui ont payé le plus lourd tribut à l’amiante.

Face à eux, le banc des accusés sera vide. Stephan Ernest Schmidheiny, 64 ans, le patron suisse d’Eternit, et le baron belge Jean Louis de Cartier de Marchienne, 90 ans et actionnaire minoritaire du groupe, seront représentés par leurs avocats.

Le procureur Raffaele Guariniello a requis 20 ans de prison contre les deux accusés.

Artifice juridique

Mais c’est dans le fond que le procès de Turin pourrait changer la jurisprudence des affaires concernant l’amiante. « C’est la première fois que ce ne sont pas des administrateurs locaux des usines qui sont inculpés, mais les véritables responsables, affirme Raffaele Guariniello. Nous avons des documents du siège suisse de la société démontrant que les instructions venaient du sommet.

 » C’est grâce à un artifice juridique que le procureur Guariniello a pu instruire le procès contre l’état-major du groupe. « Un ouvrier italien qui avait contracté un mésothéliome dans une usine suisse du groupe est revenu mourir à Turin. Ce cas était le chaà®non manquant qui nous avait fait défaut dans les procès précédents. Il nous a permis, malgré les réticences des autorités suisses, d’étendre notre compétence territoriale afin d’enquêter sur le conseil d’administration de la société. »

« Désastre environnemental permanent volontaire »

En outre Stephan Ernest Schmidheiny et Jean Louis de Cartier de Marchienne sont accusés de « désastre environnemental permanent volontaire ». Un chef d’accusation qui sous-entend qu’ils avaient connaissance des dangers et qu’ils ont préféré la logique du profit à la santé des ouvriers et des populations vivant à proximité des usines.

« La direction a essayé de piloter l’information pour cacher la dangerosité de l’amiante et leurs instructions étaient insuffisantes pour protéger la santé des ouvriers », confirme Guariniello.

Le monde aura donc lundi les yeux tournés vers Turin. Car, interdite en Europe, l’amiante est encore utilisée sans aucune précaution dans 70 % des pays de la planète.

Dans les pays en voie de développement, Chine, Inde, Brésil ou en Afrique, mais également au Canada. Pour le procureur turinois, « une sentence de culpabilité représenterait un espoir pour tous ces pays. Peut-être le début de la fin de l’amiante. »