Italie: verdict sévère pour le premier procès de l’amiante

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Le tribunal pénal de Turin a infligé lundi seize ans de prison à deux industriels responsables du drame qui a fait plus de 3000 victimes en Italie en vingt ans.

Le procureur général Raffaele Guariniello avait requis vingt ans de prison-la peine la plus lourde possible- contre chacun des accusés, le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne, jugés pour «catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et infractions graves à la sécurité du travail: «Je n’ai jamais vu pareille tragédie», avait déclaré le procureur, lors de son réquisitoire prononcé le 4juillet 2011. Lundi, avant d’entrer dans la salle du tribunal, il a parlé d’un procès «historique»: «C’est la première fois au monde qu’on a pu débattre du drame de l’amiante avec une telle ampleur», a-t-il dit. Sentence «historique» aussi pour le ministre de la Santé, Renato Balduzzi.

Plus de 6000 parties civiles s’étaient constituées. Les deux accusés ont également été condamnés à de lourds dommages et intérêts: 30.000euros aux familles de chaque victime, 25millions d’euros à la commune de Casale Monferrato, 20millions à la région du Piémont, 15millions aux caisses d’assurance-maladie Inail.

Des milliers de parents de victimes venus par autocar de toute l’Italie et de l’étranger avaient afflué à Turin, dans les salles mises à la disposition du public, pour la lecture du verdict. La sentence a été accueillie par des applaudissements nourris tandis que certains éclataient en sanglots.

Aucun des deux accusés ne devrait purger sa peine. Stephan Schmidheiny (65ans), un industriel figurant parmi les 500premières fortunes du monde, s’est installé au Costa Rica où il affirme mener des «actions philanthropiques en faveur du… développement durable» en Amérique latine par le biais d’une fondation dotée d’un milliard de dollars. Quant au baron belge, son grand âge (89ans) lui évitera l’incarcération. L’un et l’autre feront probablement appel.

Cancers incurables

En 1974, tous deux étaient devenus propriétaires de la société italienne EternitSA, qui disposait de quatre sites de production en Italie, deux dans le Piémont, dont le principal se trouvait à Casale Monferrato, son siège, un à Rubbiera, en émilie-Romagne, et le dernier à Bagnoli, près de Naples. L’enquête, qui a duré onze ans, a mis en cause l’absence des précautions les plus élémentaires pour empêcher la contamination par les poussières d’amiante, à l’origine de cancers du poumon incurables: travail à l’air libre, aucun confinement, aucune précaution particulière aussi bien pour les ouvriers que pour les riverains.

La société EternitSA -aucun lien avec le groupe Eternit Suisse qui a été exclu du procès- fabriquait des matériaux de couverture, de façade et de construction résistants à la chaleur et au feu. Ces matériaux ont été interdits en Italie en 1992, six ans après la faillite de la société, et en France en 1997.

Selon l’OMS, 125millions de travailleurs sont exposés à l’amiante sur leur lieu de travail dans le monde entier et 90000 meurent chaque année de maladies liées à l’amiante.