Pollution à Martigues : une troisième action contre l’Etat en 2020

décembre 9, 2019 12:29 Publié par

L’association fosséenne ADPLGF l’a confirmé. Après deux procédures au pénal et au civil, ses avocats porteront une action contre l’Etat et les pouvoirs publics « après les municipales »

Par Éric Goubert

240 plaintes au pénal pour mise en danger de la vie d’autrui, 14 assignations au civil pour trouble anormal de voisinage et, dans quelques mois, une procédure contre l’Etat pour « carence fautive dans son rôle de régulateur et de contrôleur« . C’est sur ce trépied que l’association fosséenne « ADPLGF » va continuer d’agir dans les mois à venir, en appelant les habitants, associations et élus des villes riveraines de Fos-sur-Mer à partager ces batailles judiciaires qui s’annoncent. Enjeu éternel : la lutte contre les pollutions générées par les industries installées dans la zone allant du golfe de Fos à l’étang de Berre en passant par Martigues-Lavéra.

Jeudi soir, lors d’une réunion organisée par Daniel Moutet, président de l’association, en compagnie des avocates, Mes Julie Andreu et Sarah Games, et des juristes, plusieurs participants, venus du pourtour de l’étang de Berre, ont réclamé cet élargissement. Christiane de Félice, la présidente de l’association de défense des victimes de maladies professionnelles de l’ouest de l’Étang de Berre (Adevimap), basée à Martigues, a évoqué la « sous-évaluation des maladies professionnelles« , comme le manque de formation des médecins à ce sujet, « 10 heures sur l’ensemble de leur cursus. » Plusieurs témoins ont raconté leur traitement en chimiothérapie et radiothérapie, à l’hôpital de Martigues comme à l’Institut Paoli-Calmettes, évoquant des conversations édifiantes avec des médecins. « Tout le monde sait qu’il existe un risque de vivre ici. Mais l’ampleur du problème n’a pas encore été prise en compte« , insistait un Fosséen, tout juste remis d’une grave pathologie. « La caisse nationale d’assurance maladie a tous les éléments en main pour agir, a insisté l’une de ses anciennes syndicalistes. Encore faut-il que le pouvoir politique le lui demande.« 

Face à ces témoignages poignants, et une qualité de débats qui a fait honneur à la réunion, les avocates de l’association ont lancé un appel à la mobilisation. « Parce que l’union fait la force, a commenté Julie Andreu, du cabinet TTLA. La pollution ne s’arrête ni aux portes des usines, ni aux portes de Fos, ni aux portes de Carry ! Même Marseille, qui est concernée, devrait nous rejoindre. »

Pour l’heure, c’est un peu entre Fosséens que la réunion a eu lieu, alors que la dernière soirée semblable, organisée par la CGT d’ArcelorMittal, avait attiré le député, ou encore les maires de Martigues et de Miramas.

Néanmoins, les dépôts de plainte se poursuivent. « Sans limite de date« , a précisé Me Andreu, tout en apportant des garanties, avec Me Games, sur le financement de ces actes, souvent pris en charge par l’association dans un premier temps. « Mais, en assignant des entreprises comme ArcelorMittal, DPF, Esso et Kem One, que risque-t-on ?« , demandait un intervenant. Réponse des avocates, en substance, rien, si n’est de gagner, et d’obtenir des indemnités.

S’en prendre à l’Etat sera désormais le troisième challenge à relever. « Les pouvoirs publics n’ont pas légiféré sur le sujet, n’ont pas contrôlé les installations alors qu’ils ont les outils pour, insistait Me Andreu. Le préfet n’a pas tiré les conséquences de ses propres constats ! » D’où cette action, qui sera lancée « après les municipales, afin de ne pas tout mélanger« , concluait Daniel Moutet, relevant enfin : « Ça fait six mois qu’on demande à la Dréal des relevés sur la zone de Lavéra. On n’a toujours pas eu de réponse. »