AT/MP: les chiffres ne sont pas bons et la médecine du travail est bien malade

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Le ministre du Travail, Eric Woerth, a présenté le 11 mai devant le Conseil d’orientation des conditions de travail le projet de second Plan Santé au travail (2010-2014) et le bilan des conditions de travail pour 2009. Le plan présenté a l’ambition de renforcer la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT/MP) et de diminuer l’exposition à ces risques. Il vise à diminuer de 25% les accidents du travail et de mettre fin à la croissance ininterrompue depuis 10 ans du nombre de cas de maladies professionnelles. En attendant, les chiffres de 2009 ne sont pas bons: le nombre de maladies professionnelles reconnues a continué d’augmenter, passant de 24 000 en 2006 à plus de 45 000 en 2009. Pour une part cette progression est sans doute due à une meilleure prise en compte de ces affections. Les chiffres n’en demeurent pas moins préoccupants et, par exemple, les troubles musculo-squelettiques (TMS) ont doublé en 10 ans. Et les décès liés à ces maladies ont également augmenté. Les accidents du travail ont baissé en 2008, mais les quelque 704 000 accidents de 2008 – 44 000 graves – ont provoqué 569 décès.

Le ministre a lié ces résultats à la réforme en cours de la médecine du travail, sur laquelle un rapport lui a été remis le même jour et qu’il aimerait finaliser rapidement. Dans leur rapport La santé au travail, Vision nouvelle et professions d’avenir, les auteurs* estiment que «la médecine du travail est en danger», ne serait-ce que parce que les effectifs de médecins du travail fondent. Et ils vont continuer de fondre: plus de la moitié ont plus de 55 ans – près de 20% plus de 60 ans -, et moins de 80 remplaçants seulement sont formés chaque année. Aujourd’hui déjà , chaque médecin doit suivre plus de 3 000 salariés. Le rapport propose de faciliter la reconversion de généralistes en médecins du travail et de déléguer certains actes paramédicaux.

Certes, mais ces propositions ne lèveront pas les inquiétudes des syndicats des professionnels de la santé au travail qui dénoncent depuis de longs mois les mises en cause de l’indépendance des médecins du travail et le numerus clausus qui réduit dramatiquement le nombre de médecins du travail. La réforme prévue a pris du retard. Et pour cause, en octobre 2009, les syndicats ont tous refusé de signer un texte qui espaçait les visites obligatoires et qui consacrait la mainmise des employeurs sur la santé au travail.