Ces malades en quête de reconnaissance

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Amiante.

Deux affaires seront jugées aux Milles mardi. Les victimes manifesteront à Aix-en-Provence pour que leur cause soit enfin entendue.

Mardi 15 juin, les associations des usagers victimes des ravages à long terme de l’amiante manifesteront dans les rues d’Aix-en-Provence. Des gens brisés qui attendent réparation ou même une simple reconnaissance de ce qu’ils ont vécu. Des années de labeur. Dans la sidérurgie, la métallurgie, la pétrochimie, la sidérurgie, le bâtiment… Membres d’associations marseillaises, de La Ciotat, de La Seyne-sur-Mer, d’Arles ou du Var. Des maladies professionnelles encore non reconnues. « Des bombes à retardement, dit Jacques, ancien salarié d’une plate-forme pétrolière. « C’est comme un étau dans ma cage thoracique. Parfois, il y a du répit, parfois c’est l’impression de suffoquer et de ne pas s’en sortir. »

Des détresses à dire

Ce sont ces détresses que Sylvie Topallof, avocate des associations du collectif anti-amiante, veut décrire devant les tribunaux. « Non pas individuellement, parce que cela fait l’affaire des juges. Mais collectivement. Et pas sur un parking, à la va-vite, parce que la réalité d’aujourd’hui, c’est une justice de parking. La bataille que nous menons aujourd’hui est celle du regroupement des dossiers, pour dire qu’il s’agit réellement d’un problème qui touche des dizaines de milliers de travailleurs. » Mais tout se passe comme si ces salariés condamnés à brève ou longue échéance, essoufflés ou menacés par un cancer du poumon, étaient déjà passés aux oubliettes.

Deux seuls recours

Avec deux seuls recours : le Fond (très gouvernemental) d’indemnisation des victimes de l’amiante. « Autre solution, poursuit Sylvie Topaloff, faire payer les employeurs pour leur propre responsabilité. Des patrons qui, en toute connaissance de cause, étaient avertis des dangers mortels qu’ils faisaient courir à leurs salariés. Selon la procédure des fautes inexcusables. » Une démarche bien plus longue et hasardeuse. Les victimes de l’amiante, certaines ayant obtenu une retraite anticipée sans aucune indemnisation, d’autres voulant faire reconnaà®tre leurs droits légitimes auprès des tribunaux, entendent être écoutées, alors qu’aux Milles seront jugées mardi deux grosses affaires touchant deux entreprises d’envergure nationale. Qui, en toute connaissance de cause, ont joué avec la vie de leurs salariés L’une d’elle, les Chantiers navals de La Ciotat, que les travailleurs ont défendu bec et ongles pour qu’elle survive, sera au banc des accusés. Pour qu’une reconnaissance effective de dégâts irréparables soit enfin mise sur la table. Et que les maladies liées à l’amiante soient enfin inscrites dans le tableau des maladies professionnelles.

GéRARD LANUX