Retraites décryptage. Trois injustices pour les salariés usés

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Le travail vole des années d’existence à des millions de salariés.

Selon l’Insee, les ouvriers ont une espérance de vie inférieure de 6,5 ans à celle des cadres. L’écart se creuse si l’on prend en compte l’espérance de vie en bonne santé: à 35 ans, un ouvrier peut espérer vivre seulement 24 ans «€‰sans incapacit选»; un cadre, 34€‰€‰€‰ans. Nombre de travaux scientifiques ont établi de façon indiscutable l’impact de certains risques professionnels sur la santé à long terme: efforts physiques (manutention, port de charges, postures pénibles); environnement agressif (chaleur, bruit, exposition aux produits toxiques, etc.); contraintes de rythmes de travail et d’horaires atypiques. Ces risques se mesurent en maladies cardio-vasculaires et en cancers, en effets d’incapacité à long terme ou en «vieillissement prématuré».

à€ la lumière de ces constats, le dispositif de prise en compte de la pénibilité retenu apparaà®t comme une provocation. Seuls les salariés souffrant d’un «affaiblissement physique avéré au moment de la retraite» pourront partir à 60 ans, et donc échapper au report de l’âge légal à 62 ans. Sont ainsi écartés tous ceux qui ont subi des expositions réduisant leur espérance de vie, sans pour autant qu’ils en portent les traces physiques au moment de leur départ. Cas notamment de l’exposition à des produits cancérigènes (2,3 millions de salariés), ou du travail de nuit.

Seconde injustice: il faudra justifier d’un taux d’incapacité égal ou supérieur à 20%, ayant donné lieu à l’attribution d’une rente pour maladie ou accident du travail. Ce qui, dénoncent les associations Andeva et Fnath, «exclut une majorité de victimes du travail pour lesquelles il n’existe pas de tableau des maladies professionnelles», ou qui n’auront pas réussi à faire reconnaà®tre leur cas par la Sécu. Allusion au phénomène de la sous-déclaration des maladies et accidents de travail. Ce critère risque aussi d’entraà®ner une baisse, au-dessous des 20%, des taux d’incapacité reconnus par la Sécu…

Enfin, le gouvernement justifie le choix d’une approche individuelle en prétendant qu’une approche par métiers ou classifications réputés pénibles aurait été «injuste car elle aurait laissé de côté certains salariés qui n’exercent pas ces métiers mais sont objectivement usés par leur travail». Autrement dit, «plutôt que de créer de petites injustices», il «préfère en créer une énorme en excluant du dispositif un maximum de victimes du travail», notent la Fnath et l’Andeva.

Une solution juste existe pourtant, défendue par les syndicats et dans un rapport du COR: accorder une bonification de la durée de cotisation par année d’exposition à la pénibilité, ce qui suppose d’enregistrer les parcours professionnels.

Yves Housson