Amiante sur le port de Marseille : qui va payer la note ?

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Deux cent cinquante anciens dockers marseillais réclamaient le prix de l’angoisse dans laquelle ils vivent du fait de leur exposition professionnelle à l’amiante durant des années.

Les entreprises de manutention du Port de Marseille – habilitées à charger et décharger les navires – se refusent à régler la « note » de la tragédie de l’amiante qui, selon elles, reviendrait à l’état.

Plusieurs acconiers l’ont clairement dit, hier, à l’audience du conseil des prud’hommes de Marseille où ils étaient assignés par 251 dockers ayant bénéficié d’une préretraite en raison de leur exposition à l’amiante.

Chacun d’eux réclame à leurs ex-employeurs 15000 euros en réparation d’un préjudice d’anxiété, cette angoisse d’être affecté d’une pathologie pulmonaire aiguà«. Ainsi que 40000 euros chacun en réparation de la perte de revenus consécutive à un départ anticipé avec 65% du dernier salaire.

« On nous réclame quinze millions d’euros, croyez bien que les six entreprises de manutentation qui ont survécu ne disposent pas du premier million. Elles n’ont aucun trésor caché », a plaidé Me Frédéric Marcouyeux.

L’avocat explique qu’en cas de condamnation à indemniser les anciens dockers, les entreprises seraient placées en liquidation judicaire. « Il n’y aurait plus de manutention portuaire sur les bassins Est et ce sont 5000 emplois qui sont concernés. » Les acconiers considèrent que la catastrophe de l’amiante relève de la solidarité nationale: « La solution, poursuit Me Marcouyeux, est politique. Si elle est judiciaire, ce sera un ravage. »

Mi-mai, la cour de cassation a reconnu aux préretraités amiante le droit à un préjudice d’anxiété. à€ l’état d’assumer, disent ces patrons qui considèrent n’avoir commis aucune faute en matière de sécurité et de prévention des risques. Ils assurent n’avoir jamais été au courant du caractère cancérigène du minerai dont 243307 tonnes ont été déchargées par les dockers sur les quais de Marseille en un demi siècle, de 1947 à 1997.

La société Intramar a ainsi versé 25 années de procès-verbaux de son CHSCT dans lesquels ne figure pas une ligne sur l’amiante. Me Jean-Luc Guasco, avocat des dockers, dénonce « l’indécence » consistant à brandir la possibilité d’une liquidation judiciaire des entreprises de manutention. « On n’est pas ici pour obtenir des sommes importantes mais la reconnaissance d’une mort programmée de salariés. »

Jugement le 1 er mars 2011.