Amiante à l’école = enfants en danger

septembre 9, 2018 10:08 Publié par

Il y a aujourd’hui en France 63 500 établissements scolaires, dont 51 700 écoles et douze millions d’élèves.

85% des établissements ont au moins un bâtiment construit avant 1997, année l’amiante fut interdit.

Où est l’amiante ? Dans quel état ? Y-a-t-il un risque ? Quelles mesures prendre ?

Ces questions, des enseignants, des parents d’élèves ou des agents d’entretien se les posent quotidiennement.

Les réponses devraient se trouver dans le DTA (Dossier technique amiante)  dont  la  réalisation incombe au propriétaire des locaux (la mairie pour les écoles, le département pour les collèges, la région pour les lycées).

Mais certains établissements n’ont fait aucun DTA. La proportion est  négligeable  dans les lycées (1%) mais importante dans les écoles (30%). Plus de 15 000 écoles sont hors-la-loi…

Quand le DTA existe, ni lui ni sa fiche récapitulative ne sont aisément consultables sur place, soit parce qu’ils sont ailleurs, soit parce que l’administration refuse de les communiquer.

Quant un prof a la chance de pouvoir y accéder, il s’aperçoit trop souvent que le DTA est incomplet, incohérent et n’est pas régulièrement remis à jour.

Il s’aperçoit aussi que certaines mesures de prévention préconisées par le diagnostiqueur n’ont jamais été mises en œuvre.

Ces carences sont graves.

Faut-il rappeler que l’amiante est un cancérogène redoutable, actif à très faibles doses ?

Quand le personnel n’est pas informé du danger, si un matériau dégradé n’est pas enlevé (ou s’il est enlevé n’importe comment), c’est la santé et la vie d’êtres humains qu’on met en danger :

  • le personnel de maintenance ou de ménage qui travaille au contact direct de l’amiante en place, et notamment des dalles de vinyle amiante dégradées,
  • les profs qui enseignent dans des locaux contaminés sans le savoir, après un passage de câbles infor-matiques dans des faux plafonds amiantés,
  • les jeunes enfants, plus vulnérables que les adultes car leurs défenses immunitaires sont plus faibles et leurs voies respiratoires sont plus proches du

Cette situation est inacceptable.

Les luttes menées en région parisienne au lycée Brassens à Vil- leneuve-le-Roi, au collège Balzac à Neuilly-sur-Marne, ou dans les écoles de la rue Bachelet à Saint-Ouen montrent une prise de conscience chez le personnel, les parents d’élèves ou les lycéens.

Des syndicalistes enseignants s’emparent de ces questions débattues dans les comités hygiène et sécurité.

Il faut maintenant que les collectivités locales en finissent avec le déni et prennent des mesures d’urgence :

  • Veiller à l’exhaustivité des repérages dans tous les établissements sans exception,
  • Numériser les dossiers techniques amiante et leur fiche récapitulative, les rendre accessibles à tous, en les mettant en ligne sur le site Internet de chaque établissement.
  • Former et informer les agents de service et leur donner des consignes claires pour prévenir le risque
  • Veiller à ce que les désamiantages soient faits par des personnels compétents hors des périodes

Mais c’est surtout à l’état qu’incombe la responsabilité d’impulser une politique active d’éradication complète de l’amiante dans les établissements scolaires, avec un plan sur plusieurs années, décliné par région, en traitant en priorité les plus dégradés.

Il faut une volonté et des moyens. C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu.

Jacques FAUGERON  Alain BOBBIO

En Grande-Bretagne et en Andalousie, un mouvement de masse s’est développé contre l’amiante dans les écoles. John Mc Lean et Maria Angeles Guzman en font l’analyse.

En France, des luttes tenaces ont eu lieu récemment. Jean-Noël Tardy, Olivia Bellanger

(enseignants), Louis Boyard (lycéen), Lila (agent de service) et Didier Faure (maître d’œuvre dans le BTP) en ont tiré les leçons, en direct ou par message filmé. 

Grande-Bretagne   85% des écoles amiantées

John McClean est le président de Juac (Join Union Asbestos Comitee), un mouvement crée en 2010 par les syndicats d’enseignants et ceux des agents techniques des écoles.

85% des écoles britanniques sont amiantées. Chaque école devrait avoir un plan de gestion amiante. En fait le personnel n’est pas informé.

Le Hse, organisme régulateur de la santé et la sécurité, a vu ses effectifs fortement réduits.

Les écoles échappent au contrôle des autorités locales.

En 2013, le Juac a obtenu que le comité scientifique gouvernemental sur le cancer examine la vulnérabilité spécifique des enfants ex- posés à l’amiante.

Le Juac mène campagne pour une élimination progressive de  l’amiante, avec une priorité pour les endroits où  le  matériau est dégradé. Il diffuse ses propres conseils pratiques aux écoles.

Espagne   LAndalousie à la pointe du combat

Maria Angeles Guzman vit à Malaga. Elle est membre de l’Avida (victimes) et de l’Ampa (parents d’élèves).

En 2010 elle a rédigé un manifeste pour le retrait des matériaux amiantés du col- lège José Caldéron où étu- diaient ses enfants.

Le mouvement a réuni enseignants, étudiants et sur- tout parents d’élèves, soute- nus par des syndicats, des associations et des partis.

Il y eu des grèves de profs, des manifs, des campagnes de sensibilisation, des articles de presse… Le 5 juillet 2016, un accord historique a eu lieu avec le Conseil du Gouvernement andalou qui planifiera l’élimination pro- gressive de l’amiante dans 220 collèges d’Andalousie .

L’accord prévoit : l’inventaire de l’amiante en place, un retrait total d’ici 2022, un budget de 60 millions d’euros et une priorité aux écoles les plus dangereuses.

Le combat s’est étendu à l’Andalousie, mais toute l’Espagne est concernée.

France  lycée G. Brassens

Larme du droit de retrait

Jean-Noël Tardy enseigne au  lycée  Brassens à Villeneuve-le-Roy (94). Construit en 1964, il contient une masse de matériaux amiantés. Un droit de retrait avait été déposé en 2014 pour des dalles de sol dégradées, un autre en 2018 pour des flocages en mauvais état.

Les obstacles ont été nombreux : rétention d’informations, médiocrité du dossier technique amiante (DTA), doutes sur les mesures d’empoussièrement… La lutte a fait bouger les choses.

Louis Boyard, président de l’Union nationale lycéenne, étudie au lycée Brassens.

Il raconte comment son syndicat a aidé les lycéens à prendre conscience du danger et à se mobiliser aux côtés des enseignants.

Collège Balzac  Les surprises du DTA

Olivia Bellanger est prof au collège Balzac à Neuily-sur-Marne. Des profs ont exercé leur droit de retrait. Ils ont obtenu le DTA qui contient des aberrations.

Lila Hamed est agent de service à Balzac. Elle a décapé à la machine des dalles de sol amiantées et s’inquiète pour sa santé.

Didier Faure est maître d’œuvre et victime. Il a été présent dans toutes les dernières luttes d’île-de- France. Il tire les leçons de ces expériences très riches, où l’Addeva 93 a pu apporter son aide