Amiante au tribunal de Créteil : le décès d’une ancienne juge fait polémique

septembre 17, 2018 4:19 Publié par

Françoise Bienvenu, ancienne juge au tribunal de Créteil, est morte des suites d’un cancer en juillet. Un décès imputable à l’amiante présente dans le bâtiment judiciaire, a déclaré sa fille lundi 10 septembre, relançant la polémique sur les effets de la substance sur la santé des travailleurs du tribunal.

Après le décès d’une juge d’un cancer, plusieurs syndicats et sa famille ont estimé lundi 10 septembre que sa mort était liée à la présence d’amiante au tribunal de grande instance de Créteil où elle a travaillé pendant dix ans.

Françoise Bienvenu est morte en juillet à 62 ans d’un mésothéliome pleural malin, un « cancer foudroyant très intrinsèquement lié à l’amiante », a résumé sa fille, Hélène, lors d’une conférence de presse. « Il y a de fortes suspicions entre le cancer de ma mère et le lieu où elle a travaillé », a-t-elle ajouté.

Le tribunal de Créteil a été construit en 1977 et la présence d’amiante y est confirmée depuis 1997. Ancienne juge d’application des peines à la retraite, Mme Bienvenu y a travaillé entre 1992 et 2002.

Procédure en cours depuis 10 ans

Ses enfants ont fait diagnostiquer son domicile familial, qui n’a révélé aucune présence d’amiante. Hormis Créteil, la magistrate n’a travaillé qu’au tribunal d’Évry (Essonne), où il n’y a pas d’amiante, selon l’entente syndicale du tribunal de Créteil.

Sa mort relance une polémique qui dure depuis presque 20 ans dans la juridiction. En 2001, Julien de Florès, un agent technique détaché au tribunal par le conseil départemental du Val-de-Marne entre 1977 et 2000, avait développé une asbestose pulmonaire. Le conseil départemental l’a reconnue comme « maladie professionnelle liée à l’amiante ».

Après le décès de Mme Bienvenu, « on ne peut pas rester spectateur plus longtemps », s’est indigné Daniel Naudin, porte-parole de l’entente syndicale. « Il faut mettre en place un plan sanitaire pour répertorier les anciens employés du tribunal et leur faire passer des examens, et il faut un plan rapide pour sécuriser le bâtiment ».

Les syndicats dénoncent des travaux de désamiantage du tribunal « sans cesse reportés depuis plus de dix ans ».

Travaux de désamiantage décalés à 2019

Le ministère de la Justice prévoit d’effectuer « un désamiantage global du TGI », conjointement à « une mise aux normes des installations électriques et des systèmes de sécurité incendie », selon la Chancellerie. Le chantier doit démarrer « mi-2019 » et doit durer trois à quatre ans. Ces travaux devaient initialement débuter en 2015.

Le ministère a rappelé que des travaux de désamiantage partiel ont déjà eu lieu à Créteil au cours des quinze dernières années, notamment dans des « salles d’archives » et au « dépôt de police ».

« La seule présence de matériaux amiantés dans un bâtiment ne met pas en danger ses occupants et ne saurait conduire à sa fermeture », a déclaré la Chancellerie.