Amiante : Claude Raffaelli, l’ex-médecin du travail de Condé-sur-Noireau, dans l’œil du cyclone

mars 5, 2018 2:41 Publié par

L’ex-médecin du travail de Ferodo-Valeo de Condé-sur-Noireau (14) aurait tout fait pour cacher les dangers de l’amiante selon une enquête de Mediapart sortie lundi 19 février 2018.

Publié le 20 Fév 18 à 18:55 |Modifié le 20 Fév 18 à 19:00

Depuis 1996, plus de 400 décès liés à l’amiante ont été recensés par une association de Condé-sur-Noireau. (©©Pixabay)

Les révélations de Médiapart risquent de faire encore un peu plus de mal aux ex-salariés de Ferodo-Valeo et aux victimes de l’amiante de Condé-sur-Noireau (Calvados).

Lundi 19 février 2018, dans une grande enquête, le site d’information y dévoile des documents sur Claude Raffaelli. Mediapart explique que l’ex-médecin du travail dans les usines de transformation d’amiante de Condé-sur-Noireau et membre du Comité permanent amiante (CPA, structure de lobbying chargé de défendre le matériau malgré ses dangers), « réputé meilleur expert de l’amiante durant des années ne sera pas jugé. Il a pourtant tout fait pour cacher les dangers liés à ces fibres cancérigènes », affirme Mediapart.

L’ex-médecin est mis en examen en 2007 par Marie-Odile Bertella-Geffroy, juge en charge du dossier amiante. Celui qui a œuvré pendant 28 ans au sein de Ferodo-Valeo est poursuivi pour blessures et homicides involontaires et non-assistance à personne en péril.

« C’est la première fois en France qu’un médecin du travail est poursuivi », écrit Mediapart.

Mais en décembre 2016, les juges Robinson, Jolivet et Bernard, qui succèdent à la juge Bertella-Geffroy, estiment, sur la base d’un rapport d’expertise, « qu’il n’y a pas assez d’indices graves et concordants contre ce médecin ».

Toujours dans cette enquête de plusieurs pages, Mediapart souligne « de nombreux manquements à la mission de prévention et de protection d’un médecin du travail ».

L’Andeva demande la récusation des juges

Pour l’Andeva, l’association nationale des victimes de l’amiante, « l’article de Médiapart démontre que les magistrats du pôle judiciaire de santé publique n’ont instruit les affaires amiante qu’à décharge, en cherchant par tous les moyens possibles à boucler rapidement leurs dossiers et à rendre des non-lieux ».

En juillet 2017, les victimes de l’amiante ont découvert l’intention des magistrats instructeurs, appuyés par le parquet de Paris, de rendre un non-lieu généralisé sur tous les dossiers. Une claque pour les victimes.

« Dès lors, l’Andeva a éprouvé de sérieux doutes sur la qualité de l’instruction et sur le respect par les juges de l’article 81 du Code de procédure pénale d’instruire à charge et à décharge. Aujourd’hui, avec les révélations de l’enquête de Médiapart, le doute n’est plus permis. »

L’association dénonce aussi le rapport d’expertise de 2016. « La manière dont les magistrats ont fait pression sur les experts est édifiante. »

Pour l’Andeva :

« Il est maintenant évident que cette instruction a été menée exclusivement à décharge, que les magistrats du pôle judiciaire de santé publique se sont ingéniés à détricoter toutes les charges qui pesaient sur les principaux protagonistes de l’affaire. »

L’Andeva a demandé à ses avocats de préparer une requête aux fins de récusation des juges du pôle judiciaire de santé publique auprès de la première présidente de la Cour d’appel. Celle-ci sera déposée dans les prochains jours.