Amiante : faudra-t-il évacuer la tour Montparnasse ?

décembre 21, 2014 11:53 Publié par Laissez vos commentaires

Julien Duffé

Selon un rapport, les gaines de désenfumage du bâtiment contiennent de l’amiante et leur dépollution nécessiterait de le vider. Les copropriétaires ne confirment pas.

C’est une nouvelle alerte dans l’interminable et épineux feuilleton de l’amiante qui truffe la tour Montparnasse (XIVe). Selon un rapport technique, révélé hier par le site du « Figaro », la présence de cette fibre cancérigène a été détectée dans la structure même des quatre gaines de désenfumage du gratte-ciel qui ventileraient ainsi « de l’air pollué dans tous les étages ». Autre conclusion lourde de conséquences, selon le quotidien, il ne serait « pas possible de désamianter ces gaines sans vider pendant plusieurs années » le bâtiment où travaillent 5 000 salariés et qui reçoit un million de visiteurs chaque année.

Si l’information est confirmée, ce serait une véritable tuile pour les 300 copropriétaires de la tour qui ont déjà dépensé 250 M dans le chantier de désamiantage gelé depuis l’été 2013. De plus, ils ont toujours affirmé pouvoir désamianter sans fermer la tour. Après s’être réunis en urgence hier après-midi, ils ont réagi dans la foulée. Dans un court communiqué, ils confirment qu’un nouveau dossier technique amiante (DTA) ayant permis « d’affiner la connaissance de la présence d’amiante » dans la tour a été réalisé et sera « remis le 10 décembre (NDLR : mercredi prochain) aux autorités publiques ».

Sans préciser si les fameuses gaines de désenfumage contiennent ou non de l’amiante, les copropriétaires démentent qu’elles dégagent une quelconque pollution. « Depuis le 1er juin 2013, 24 déclenchements des gaines de désenfumage ont été effectués, aucune présence d’amiante dans l’air n’a été décelée », précise le communiqué. Depuis la même date, les 24 000 mesures d’air réalisées dans le bâtiment se sont toutes révélées négatives « sauf une au 6e sous-sol (le 8 octobre dernier) pour laquelle on soupçonne un acte de malveillance, motif du dépôt d’une plainte, en instruction » poursuivent les copropriétaires.

Et ces derniers de rappeler que « la tour Montparnasse est de loin la plus contrôlée de France en ce qui concerne l’amiante ». A aucun moment, le communiqué n’évoque la question de l’évacuation. Mais pour le vice-président de l’Association nationale des défenses des victimes de l’amiante (Andeva), Michel Parigot, celle-ci est désormais sérieusement posée (lire ci-dessous). Idem selon l’article du « Figaro » car « pour retirer l’amiante de ces gaines il va falloir tout désosser ».

Délégué CGT et défenseur aux prud’hommes de plusieurs salariés de la tour, Jean-Pierre Lopez a travaillé pendant plusieurs années comme technicien dans le bâtiment après avoir participé à sa construction. « Ces trappes de désenfumage montent jusqu’au 57e et s’ouvrent à chaque étage dès qu’il y a une alarme incendie ou un essai, affirme-t-il. Le pire, c’est qu’elles ne sont pas étanches : elles laissent passer l’air, donc de possibles particules. »

La décision de reprise du chantier de désamiantage, et ses conditions, est désormais dans les mains du préfet de région depuis son arrêt en juin 2013 suite à de nombreux dépassements des seuils. Sollicitée hier, la préfecture de région n’a pas souhaité communiquer.

LE PARISIEN

6 décembre 2014

En décembre dernier, on apprenait qu’entre 2009 et 2013 et l’arrêt du chantier jusqu’à nouvel ordre, 72 dépassements des seuils autorisés (plus de 5 fibres d’amiante par litre d’air) avaient été relevés à de très nombreux étages. Pour autant, un rapport assurait que le site « ne présente par de danger permanent ».

LE PARISIEN

6 décembre 2014

Chronologie

1995.Le comité anti-amiante Jussieu lance la première alerte.

2006.Les travaux de désamiantage débutent.

Juin 2013.Le chantier est interrompu à la suite des relevés de l’Inspection du travail.

27 juin 2013.La direction d’Amundi décide d’évacuer ses 500 salariés.

13 août 2013.Un arrêté préfectoral dénombre au moins 72 dépassements des seuils autorisés de pollution à l’amiante depuis novembre 2009.

4 octobre 2013.Une information judiciaire est ouverte pour « mise en danger de la vie d’autrui » par le parquet de Paris.

14 Décembre 2013.Mandaté en août par la préfecture de police de Paris pour réaliser un rapport sur la nocivité de l’amiante dans la tour, l’expert André Jacq affirme que « le site ne présente aucun danger ».

Février 2014.En pleine campagne des municipales, la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet évoque la possibilité de détruire la tour.

Novembre 2014.Un rapport évoque la présence d’amiante dans les gaines de désenfumage.