Amiante : Paris Habitat menacé de poursuites par des locataires inquiets du manque d’information sur les risques qu’ils encourent

avril 25, 2016 4:11 Publié par

ATLANTICO 20 Avril 2016

Les hostilités sont déclarées entre le bailleur social Paris-Habitat et le groupement de locataires Erard-Charenton-CLCV dans le 12ème arrondissement (519 logements).

Les membres du groupement qui se plaignent de ne pas avoir accès à tous les documents liés aux travaux dans les appartements, aux opérations de désamiantage et à l’amiante présente dans l’ensemble immobilier n’excluent pas de saisir le procureur de la République de Paris.

Autre source de litige : Paris-Habitat a confié la jouissance du seul espace vert à une association de quartier, « La Baleine Verte ».

Bien sûr, on pourra dire que c’est une histoire digne de Clochemerle. Une histoire à la Courteline. Une histoire sans importance, montée abusivement en épingle… Sauf que là, il s’agit d’amiante qui se balade sur les façades et dans un grand ensemble immobilier de 519 logements situé dans le 12ème arrondissement de Paris, dénommé Erard-Charenton.

Et géré par Paris-Habitat, la structure remplaçante de l’OPAC, qui connut la célébrité sous Jacques Chirac et Jean Tiberi. Sauf que rue de Charenton, là où se trouve l’ensemble immobilier, incivilités, agressions, cambriolages et trafic de drogue – dans les coursives – sont monnaie courante… Dire qu’au rez-de-chaussée se trouve une antenne du commissariat de police, certes destinée à l’accueil des étrangers, mais commissariat tout de même !  Et à ce titre, gardien de la loi et de l’ordre. Décidément, Paris-Habitat, désormais dirigé par des proches du PS fait beaucoup parler de lui. Avec les salaires coquets de ses dirigeants – 10 000 euros par mois selon le Parisien, ce qui a mis en colère, très en colère, le directeur général Stéphane Dambrine. Lequel a démenti de tels chiffres. Sans oublier, cette affaire de jardin partagé, d’une superficie de 750 m2, situé au pied de l’ensemble immobilier, qui devrait être réservé prioritairement aux enfants ou aux personnes âgées du dit ensemble… Or de partage du jardin partagé, il n’y a que le nom. Nous y reviendrons…

L’affaire de l’amiante. Tout commence à l’été 2015, lorsqu’une locataire s’aperçoit que des tonnes de gravats de poussière sont enlevées à l’air libre par les entreprises chargées de la réhabilitation de l’immeuble. Le tout sans la moindre prudence. Cette locataire, Fatima Chakrani, a des raisons de s’en inquiéter. Scientifique de formation, ancienne du CNRS et de l’INSERM, docteur en génétique et cancers, elle a écrit une thèse sur « l’impact des facteurs environnementaux sur les mutations des gènes impliqués dans le cancers ». Cette chercheuse sait de quoi elle parle. Elle a interrogé Paris-Habitat sur ce que pourraient receler ces gravats et poussières. Y aurait-il de l’amiante ? D’autres locataires interrogent également les ouvriers. Impossible d’obtenir la moindre réponse puisqu’ils sont à 90% de nationalité étrangère serbe, polonaise, indienne, pakistanaise… et ne parlant pas bien le français. Par parenthèses, certains ouvriers qui se sont confiés, n’auraient pas été payés depuis 4 mois, l’Urssaf a été saisi et l’inspection du travail a fait une descente sur le site le 11 avril. Au fait, ces derniers savent-ils seulement ce qu’est l’amiante, sont-ils conscients de ses dangers ? Toujours est-il que début 2016, un Groupement de locataires Charenton-Erard affilié à la CLCV, animé notamment par Alain Lafarge, un ancien journaliste, commence à se mettre en place. Les membres du Groupement multiplient les initiatives à propos de ce maudit sujet qu’est l’amiante. Ils alertent l’Agence Régionale de la Santé et la CRAMIF pour qu’elles interviennent sur le chantier.

Le 13 janvier 2016, c’est au tour du directeur Général de Paris-Habitat d’être également alerté. Avec cette triple question récurrente : 1- Le désamiantage du chantier du 163 rue de Charenton s’est-il déroulé, oui ou non, dans les règles ? 2- Locataires, ouvriers, environnement ont-ils pu être exposés ? 3-Pouvez-vous nous transmettre en toute transparence et au regard de la loi les rapports de diagnostic d’amiante préalables, les mesures et leurs suivis? « Nous n’avons eu que des réponses alambiquées. On nous prend pour des incultes » fulmine encore Lafarge. Pas le moindre rapport, rien sur le suivi du désamiantage… Les locataires commencent à être furieux. Car enfin, cette question n’a rien d’anecdotique. Ce ne sont pas les étudiants et professeurs de l’Université de Jussieu qui diront le contraire. Pas davantage les familles des 35 000 personnes décédées entre 1995 et 2005, victimes d’expositions aux fibres d’amiante. Aussi, le groupement accentue-t-il la pression.

Le 1er février 2016, à l’occasion du conseil d’arrondissement de la mairie du 12ème, dirigée par la socialiste Catherine Baratti-Elbaz, il demande que le bailleur social – Paris-Habitat- lui remette les documents réglementaires concernant l’opération de désamiantage. Refus de la maire. Laquelle avance comme argument : « les problèmes entre locataires et bailleur social ne sont pas du ressort de la mairie » et que tout est en ordre. Circulez, il n’y a rien à voir. Affaire terminée? Pas le moins du monde. Les membres du groupement ne lâchent rien et récidivent légitimement. Cette fois devant le conseil de Paris. Surprise (énorme) : l’adjoint au Logement d’Anne Hidalgo, Ian Brossat (PC) habitué des joutes publiques lance : « Tous les locataires sont au courant du désamiantage »

Le fait de botter en touche exaspère un peu plus le Groupement de locataires qui décide d’informer, par lettre recommandée au mois de février, le directeur général de Paris-Habitat, avec copies au préfet de police Michel Cadot, aux ministres de la Ville, du Logement et de l’Environnement. Pour faire bonne mesure, Alain Lafarge et Fatima Chakrani préviennent. En substance : puisque la mairie est dans l’affirmation, c’est qu’elle a pris connaissance de documents sur lesquels elle s’appuie (les rapports sur la présence d’amiante, les mesures et leurs suivis y compris dans les appartements) au 163 rue de Charenton. A défaut de toute communication, les membres du Groupement saisiront le procureur de la République de Paris.

Avec l’affaire du jardin partagé, on quitte une grave question de santé publique, pour entrer dans un dossier certes moins important mais qui témoigne d’une pratique a priori critiquable de Paris-Habitat qui consiste, d’une certaine façon, à priver les locataires de Charenton-Erard de la jouissance du seul espace vert de 750 mètres carrés pour lequel ils payaient charges et entretien où il aurait fait bon balader les jeunes enfants ou les personnes âgées…

D’abord, un peu d’histoire. Cet espace vert, alloué à l’origine aux locataires de Charenton-Erard, a été fermé à clé et clos par de hautes grilles il y a plus de 20 ans pour des raisons de sécurité ! Personne donc n’en profitait. Jusqu’à ce que le 1er juillet 2014, Paris-Habitat le rouvre et le donne en jouissance en attribuant un bail à une association de quartier « La Baleine verte » subventionnée par la mairie de Paris. Condition pour faire partie de La Baleine : payer 5 euros de cotisation. Désormais jardin, qui contenait à son origine 16 parcelles, devient un lieu où l’on peut cultiver, tomates, salades etc. Mais pour cela, il faut encore acquitter une cotisation de 20 euros pour cultiver sans parcelle individuelle ou 30 euros si l’on veut cultiver une parcelle individuelle… Là où le bât blesse, c’est que seuls les membres de l’association « La Baleine verte » ont droit de pénétrer dans le jardin partagé… Tout de même généreuse, l’association a permis aux locataires de Charenton-Erard d’y accéder seulement en présence d’un « cultivateur » = « Parisculteur » deux demi -journées par semaine. En tout cas, ce jardin n’a rien de merveilleux puisque on y voit fleurir surtout cabanes et bancs abandonnés fabriqués à partir d’éléments hétéroclites… Quoiqu’il en soit, cet épisode de jardin partagé risque de donner lieu à une belle bataille juridique. Certes, reconnaît le groupement de locataires, Paris-Habitat a parfaitement le droit de privatiser le seul espace vert, en l’espèce le jardin de 750 mètres carrés, mais le bailleur a obligation de proposer aux locataires Erard-Charenton, un espace équivalent. « Nous demandons que cet espace redevienne accessible à tous les locataires, gratuitement, quand bon leur semble » ajoute Nicole Prignet, locataire, membre du groupement et mémoire du site.