AMIANTE – PROCES ETERNIT EN ITALIE : Un jugement très attendu sera rendu lundi par la cour d’appel de Turin

juin 5, 2013 8:50 Publié par Laissez vos commentaires
2 juin 2013

Communiqué de presse de l’Andeva

Vincennes le 2 juin 2013

Stephan Schmidheiny, le magnat suisse, haut dirigeant et propriétaire d’Eternit, avait été condamné en première instance à 16 ans de prison, ainsi que son co-accusé, le baron de Cartier de Marchienne, décédé tout récemment. Le 3 juin à 15 heures, à l’appel de l’Andeva, une centaine de victimes françaises seront aux côtés des victimes italiennes dans le Palais de Justice de Turin pour entendre le verdict de la Cour d’appel.

En France, 17 ans après le dépôt des premières plaintes, les victimes attendent toujours le procès des responsables d’une catastrophe sanitaire qui cause 3000 morts par an et qui n’a toujours ni responsable ni coupable.

UN PREMIER JUGEMENT EXEMPLAIRE

Le procès en première instance avait réuni 6300 parties civiles (dont les familles de 2000 personnes décédées et 800 victimes professionnelles et environnementales). Le jugement du 13 février 2012 avait rencontré un formidable écho chez les victimes de l’amiante de tous les continents. Pour la première fois au monde, les dirigeants d’une multinationale de l’amiante-ciment étaient reconnus responsables d’une catastrophe meurtrière qui a frappé non seulement les ouvriers de Casale Monferrato, Cavagnolo, Rubiera et Napoli, mais aussi la population de Casale Monferrato.

Les peines prononcées étaient à la hauteur de ce que la Justice italienne a considéré comme un véritable crime industriel : 16 années de prison pour les deux accusés ainsi que des provisions importantes à valoir sur des indemnisations au civil pour 800 victimes et familles, pour l’Afeva (l’association qui les a défendues), pour l’INAIL (la sécurité sociale italienne) qui a remboursé les dépenses liées aux maladies ainsi que pour les municipalités qui ont financé d’énormes travaux de dépollution.

Ce jugement exemplaire était le fruit de trente années d’une lutte déterminée et tenace des de l’Afeva et de la CGIL de Casale.

Il était aussi le résultat de l’action courageuse du procureur Raffaele Guariniello dont les méthodes d’investigation et la fine connaissance du droit pénal ont permis de donner une qualification juridique à une catastrophe collective, humaine et environnementale, une catastrophe qui continue à tuer, un quart de siècle après la fermeture d’Eternit, à Casale où l’on compte un nouveau cas de mésothéliome par semaine ; une catastrophe causée en parfaite connaissance de cause et pour des raisons purement financières, par des industriels qui ont assumé sans état d’âme le risque prévisible de milliers de maladies et de morts et qui ont volontairement dissimulé le danger aux ouvriers à la population.

LA COUR D’APPEL CONFIRMERA-T-ELLE LE PREMIER JUGEMENT ?

Telle est la question que se posent toutes celles et ceux dont l’amiante-ciment d’Eternit a brisé la vie, en Italie, en France, en Belgique, en Suisse, au Brésil, ou en Inde.

Les enjeux sont énormes.

Les audiences ont de nouveau mis en lumières les agissements criminels des accusés.

Leurs avocats ont ressassé les mêmes arguments, niant toute responsabilité de leurs clients dans cette tragédie, malgré les preuves accablantes réunies par le procureur Guariniello.

Schmidheiny et de Cartier ont montré leur arrogance en refusant d’exécuter les décisions de la justice italienne. Ils ont refusé de verser les acomptes provisionnels. Ils ont montré leur mépris des victimes en n’assistant à aucune des audiences en première instance et en appel. Aujourd’hui, après le décès du baron De Cartier, seul Schmidheiny sera jugé.

Une confirmation du jugement rendu en première instance serait un formidable encouragement à lutter pour les victimes du monde entier. Elle montrerait que la vie humaine a un prix et que contre le pot de fer le pot de terre peut parfois gagner.

UNE CENTAINE DE VICTIMES DE L’AMIANTE FRANÇAISES SERA À TURIN LE 3 JUIN

Elles viendront apporter leur solidarité aux victimes italiennes de l’amiante qui luttent depuis 30 ans pour que justice leur soit rendue et à l’Afeva, leur association.

Après la mutation forcée de la juge Bertella-Geffroy, après l’avalanche de demandes d’annulations des mises en examen et de non-lieu dans les dossiers d’Eternit, de Condé-sur-Noireau ou d’Amisol, elles viendront dire qu’elles n’accepteront jamais qu’en France le procès pénal de l’amiante soit enterré.

Ce qui est possible en Italie doit l’être en France : les responsables de tant de souffrances et de décès doivent être jugés.