Bertella passe à la défense.

juillet 26, 2014 2:27 Publié par Laissez vos commentaires

Elle a mis en examen Martine Aubry et mené de délicates instructions. Aujourd’hui, l’ex-patronne du pôle santé au tribunal de Paris quitte l’hermine pour la toge de l’avocat.

Elle y pense depuis un moment déjà. Mais cette fois, sa décision est prise, elle sera avocate « pour ne plus dépendre de personne ». Depuis le 30 juin, Marie-Odile Bertella-Geffroy, 64 ans, l’ex-patronne du pôle santé du tribunal de Paris, a définitivement quitté son bureau du Palais de justice, un an après avoir été déchargée par Christiane Taubira de tous ses dossiers sensibles. Officiellement, elle est donc à la retraite mais se retrouver sans rien faire lui semblait inimaginable. « Vous ne croyez quand même pas que je vais me mettre au jardinage! « , dit-elle en souriant. Pas de pot d’adieu; celle qui a mis en examen Martine Aubry en 2012 pour « homicides et blessures involontaires » dans un dossier de l’amiante a préféré s’en aller sans bruit. Ironie du sort, l’ancienne ministre du travail a été blanchie au moment même de son départ (un deuxième pourvoi en cassation devra toutefois définitivement statuer sur son sort). La juge n’en démord pas : Martine Aubry « était un maillon de la chaîne, elle ne pouvait pas échapper à sa responsabilité ». A l’écouter parler de ce dossier ou d’autres (sang contaminé, Creutzfeldt-Jacob, Tchernobyl…), on sent de la lassitude et de la frustration. Les instructions tentaculaires qu’elle a menées n’ont pas toujours donné les résultats escomptés, se soldant souvent par des non-lieux. « On va encore dire que je suis aigrie… », soupire-t-elle, évoquant la justice et l’omnipotence des politiques. « Malgré les injonctions de la Cour européenne des droits de l’homme, aucun pouvoir, de droite ou de gauche, ne voudra renoncer à garder la main sur la justice », se désole celle que ses détracteurs surnomment « La Bertella ».

Plus de trente ans après avoir enfilé sa robe de magistrate, elle va donc se débarrasser de l’hermine et devenir avocate. Elle compte surtout faire avancer le projet de tribunal européen de l’environnement et de la santé pour lequel elle milite depuis des années. « Toutes ces affaires de santé ne connaissent pas de frontières, insiste-t-elle. Pourquoi se restreindre à des enquêtes franco-françaises? » Des détails, aux allures de règlement de comptes, qu’elle devrait enfin raconter dans un livre. Elle a déjà des idées de chapitres.

Elsa Guiol