CONGRES ANDEVA 2018 -ETAT DE L’INTERDICTION DE L’AMIANTE DANS LE MONDE

juillet 20, 2018 5:38 Publié par

9 Juillet 2018, 13:28pm

Trois tables rondes avaient été organisées au long de cette journée de congrès et de nombreux invités de toutes provenances avaient été sollicités. Ceux-ci avaient tous répondu présents et ont menés des débats riches et passionnants.

ETAT DE L’INTERDICTION DE L’AMIANTE DANS LE MONDE

Six ans après les journées internationales des victimes organisées à Paris au palais du Luxembourg, il était temps de faire un point sur la situation de l’interdiction de l’amiante dans le monde.  En six ans, la situation a évolué dans le bon sens, malgré des tentatives de retour en arrière dans certains pays.

Graham DRING est le chairman (président) de « Asbestos Victims support groups forum UK ». C’est plus important groupement de victimes de l’amiante en Grande Bretagne et il est concentré dans le nord du pays. Son siège se situe à Manchester.  

On ne le sait pas forcément mais le Royaume Uni a le plus fort taux de décès par mésothéliomes au monde. Sur les quatre dernières années, on compte en moyenne 2500 décès par an. En 2017, il y en eu 2700. Au bout de compte, on estime que 90 000 décès par mésothéliomes se seront produit d’ici 2050.

Un centre national de recherche sur le mésothéliome a été mis en place en 2017. Il est financé par le gouvernement. L’association pousse le gouvernement à établir un programme d’élimination progressive de l’amiante dans les écoles, les lieux de travail et les foyers, avec une chronologie claire et des moyens financiers adaptés à l’ampleur de la tâche.

« AVSG » soutient le mouvement d’interdiction de l’amiante dans le monde. Tout en restant conscient que l’industrie de l’amiante ne va pas manquer de lancer ses dernières forces dans la bataille et essayera de générer le maximum de profits tant que cela restera possible.

Fernanda GIANNASI est inspectrice du travail au Brésil. Elle représente l’association ABREA qui œuvre depuis de nombreuses années avec un courage inouï à l’interdiction de l’amiante dans son pays. En effet, défier de puissantes industries dans un tel pays comporte des risques inconnus en Europe. Fermanda a déjà subi au fil de ses années de lutte de nombreuses menaces et pressions.

Son combat a cependant été efficace car le Brésil est aujourd’hui engagé dans un processus de bannissement de l’amiante qui semble inexorable : 14 régions sur 26 l’ont aujourd’hui interdit et le Tribunal suprême a déclaré inconstitutionnelle la loi d’usage contrôlé de l’amiante.

Mais de fortes résistances  se font sentir. C’est ainsi que la juge Rosa Weber a décidé unilatéralement sous la pression du lobby de l’amiante de prononcer une suspension de l’effet  «Erga Omnes  (interdiction dans tous les états de la fédération)» jusqu’aux derniers appels déposés par les industriels.

En attendant, Eternit n’est pas resté inactif et a déjà mis en œuvre une politique de chantage à l’emploi.  L’industriel a ainsi annoncé qu’il stoppait toutes ses activités minières à Sana et dans son usine de fibrociment de Precon Anapolis, toutes deux  dans l’état de Goias, jusqu’à la décision finale.

D’un autre côté, Eternit a également annoncé que ses quatre autres usines de fibrociment utilisaient dorénavant les fibres alternatives de polypropylène produite dans a nouvelle usine de Manaus en Amazonie.

Dernière péripétie en date, le 9 mars 2018, après plusieurs condamnations civiles, Eternit a plaidé l’insolvabilité et déclaré une mise en faillite. L’entreprise a déposé une demande de réorganisation sous égide judiciaire.

Pour conclure les exposés de cette première table ronde ; il revenait à Eric JONCKHEERE, notre ami de l’ABEVA, de nous exposer les différentes stratégies d’Eternit selon les pays dans lesquels  l’entreprise est implantée. Eric en a profité pour brosser un panorama plus large sur le bannissement de l’amiante en 2018.

En 2003, six pays se partageaient la production du matériau tueur : Russie (38%), Chine (18.5%), Canada (13.8%), Kazakhstan (12.8%), Brésil (10.3%) et Zimbabwe (6.2%). En 2015, après de nombreuses péripéties auxquelles l’Andeva n’était pas étrangère, le Canada avait finalement disparu de cette liste mortifère, ainsi que le Zimbabwe. Parmi les quatre fournisseurs restants, auxquels il faut ajouter l’Afrique du Sud pour une quantité très minime, la Russie produisait à elle seule 54% du matériau avec 572 113 tonnes.

Les pays consommateurs d’amiante sont passés de 66 en 200 à 28 en 2015. Dans le même temps, les pays ayant interdit l’amiante sont passés de 18 à 57. Aujourd’hui, 58 huit pays ont totalement bannis l’amiante. La Nouvelle Zélande l’a fait en 2016 et le Canada devrait suivre en 2018.

En 2015, la consommation d’amiante est principalement concentrée sur 10 pays : Russie (28.3%), Chine (23.5%), Inde (15.7%), Brésil (10.1%) ; Indonésie (6.3%), Vietnam (3%) ; Ouzbékistan (2.8%), Kazakhstan (2.4%), Thaïlande (1.8%), Sri Lanka (1.7%).

D’autres amis de l’étranger avaient fait le (long) déplacement pour participer au congrès et sont intervenus dans cette tables ronde. Parmi eux, Bruno PESCE et Alessandro PUGNO de l’AFeVA, ainsi que Marta BARRERO et Raquel LAFUENTE de COLLEcTIU RONDA, la coopérative d’avocats Barcelonaise avec qui nous avons noués de précieux liens ces dernières années.

Daniel GREEN, de l’association québécoise AVAC, n’avait pas pu se déplacer mais avait envoyé un message de soutien par vidéo (lire vidéo au bas de l’article).

Christian HUTIN, président réélu du groupe parlementaire amiante de l’assemblée nationale était lui aussi présent dès le matin pour participer aux débats.