Désamiantage : après les bâtiments, les routes

mai 22, 2016 11:07 Publié par

Des années 1970 jusqu’à 1997, certaines sociétés de travaux publics on mis de l’amiante dans leur enrobé bitumineux. Où et dans quelles quantités ? Nul ne le sait. En revanche, il faut désormais désamianter routes, trottoirs et parkings. D’où l’obligation de procéder à des diagnostics avant tous travaux routiers.

Ronds points, pistes d’atterrissage d’aéroports, parkings, tronçons de route à haute fréquentation, trottoirs parisiens…. dès les années 1970, certaines entreprises de travaux publics (TP) ont introduit, sans le crier sur tous les toits, des fibres d’amiante de type chrysotile (ou  »amiante industriel ») dans la couche roulante de leur enrobé bitumineux. C’est-à-dire dans la couche qui est en contact avec les roues des véhicules. « L’intérêt, c’était de rendre cette couche plus résistance à l’abrasion et aux remontées de fissures ainsi qu’aux amplitudes thermiques. La proportion d’amiante allait jusqu’à 1%, ce qui est beaucoup plus faible que ce qui s’est pratiqué dans le bâtiment (15% en moyenne) », explique Camille Méjean, chargée d’études au sein de la direction techniques et innovations chez Ginger CEBTP qui réalise, entre autres, des diagnostics amiante pour le BTP.

Certes, les maladies professionnelles (asbestose, cancer du poumon, de la gorge, de la plèvre, etc) liées à l’amiante ont été mises à jour dès 1945. Mais il aura fallu attendre 1997 pour que soit adoptée en France l’interdiction tout usage de l’amiante. Une interdiction confirmée deux ans plus tard au niveau européen par la directive 99/77/CE qui rend illégale l’extraction, la fabrication, la transformation de fibres d’amiante au plus tard au 1er janvier 2005. Pour sa part, le décret 2012-639 du 4 mai 2012 a étendu aux opérations de travaux sur voirie les obligations de gestion des risques sanitaires liés à l’amiante. Quant à la circulaire du 15 mai 2013, elle rend obligatoire le diagnostic amiante avant tous travaux de voirie.

« On ignore aujourd’hui quelle est l’ampleur de ce phénomène. Mais une chose est sûre : ce problème est présent dans un très grand nombre de pays. Ajoutons que, souvent, les routes ont été déjà refaites avec 10% de matériaux routiers recyclés. Ce qui dilue encore davantage la présence d’amiante, poursuit la chargée d’études chez Ginger CEBTP qui constate qu’à peine 1% à 5% des carottes d’échantillonnage envoyées aux laboratoires d’analyse reviennent positives. Ces diagnostics et les mesures afférentes sont de la responsabilité des maîtres d’ouvrage. En France, on a interdit toutes les variétés industrielles d’amiante dont le chrysotile, qui représente 95% de la production industrielle, et l’actinolite qui s’accapare presque les 5% restants devant le crocidolite, l’amosite, l’anthophyllite et le trémolite. Mais il existe d’autres amiantes qui n’ont jamais été utilisées en industrie. Cependant, on en trouve parfois en très faibles proportions dans les roches utilisées pour fabriquer les granulats de l’enrobé. » A cet égard, une réglementation est en cours de réflexion pour exercer un contrôle a priori au niveau même de la carrière.

Lorsque la présence d’amiante est révélée, les niveaux de protection sont proportionnels au nombre de fibres par litre d’air aspiré. Selon le code de l’environnement, il ne faut pas dépasser 5 fibres par litre d’air aspiré. Sur un chantier, dès que l’on découpe le bitume, le taux peut aller jusqu’à 300 fibres par litre d’air aspiré. A ce sujet, la réglementation vise à protéger les travailleurs mais aussi les riverains. « Selon la concentration de fibres, les ouvriers vont porter de simples masques, ou des masques FP3 sans respirateur mais avec des cartouche qu’on change tous les quarts d’heure jusqu’aux masques intégraux avec respiration assistée qui, dans les cas les plus graves, sont associés à des combinaisons intégrales, rappelle Camille Méjean. Dans les zones densément peuplées, on protège les riverains en isolant le chantier avec des bâches ou en rabattant la poussière avec de jets d’eau. » Bien sûr, il faut installer des dispositifs pour continuer à mesurer la teneur en fibres d’amiante dans l’empoussièrement pour mesurer la concentration.

Erick Haehnsen