Dossier pénal du scandale de l’amiante: le silence d’Eternit

novembre 22, 2016 4:50 Publié par

PAR PIERRE ROUANET

. «Vingt ans après les premières plaintes, le souffle long du dossier de l’amiante.» C’est ainsi que nous titrions notre dossier consacré à l’amiante, le 2 octobre. Jour pour jour, vingt ans auparavant, deux ouvriers d’Eternit Thiant déposaient la première plainte française de l’amiante au tribunal de Valenciennes. La date anniversaire, d’abord celle de l’espoir, est devenue celle de l’inertie: les responsables du plus gros scandale sanitaire français – l’amiante pourrait provoquer jusqu’à 100000 décès d’ici à 2025- n’ont toujours pas été désignés.

La société Eternit a installé ses usines historiques dès 1922 dans le Valenciennois. Elle fait aujourd’hui partie des principaux mis en cause dans l’affaire de l’amiante: jusqu’à 1997 et l’interdiction – longtemps retardée – de l’utilisation de cette fibre, le groupe familial a été le premier producteur français d’amiante-ciment.

Nous avions invité ses dirigeants à répondre à nos questions. Ce qu’ils avaient accepté, dans un premier temps. Mais depuis plus d’un mois, aucune réponse à nos relances. Dommage. Ils auraient pu livrer leur sentiment d’industriels, désormais seuls face à la responsabilité du désastre sanitaire depuis l’annulation des mises en cause de responsables publics, en 2015.

Ils auraient aussi et surtout pu répondre aux questions des victimes: pourquoi ne pas reconnaître une responsabilité au pénal après plus de 800 condamnations d’Eternit – et cela à Thiant, seulement – pour faute inexcusable de l’employeur? Pourquoi avoir continué d’exposer les ouvriers et leurs familles alors que la nocivité des fibres d’amiante est avérée depuis la fin du XIXe siècle et confirmée au fil du siècle suivant? Pourquoi avoir siégé au CPA, ce lobby de l’amiante qui a tout fait pour retarder son interdiction? Inévitablement, on se serait fait porte-voix de Martine. L’infatigable vigie de l’association de défense des victimes de Thiant ne pose finalement qu’une question. Simple mais fondamentale: «Comment a-t-on pu préférer le profit à l’humain?» Nos colonnes restent ouvertes.