Le parcours du combattant d’un ouvrier du nucléaire pour faire reconnaître sa leucémie

novembre 12, 2013 6:20 Publié par Laissez vos commentaires

Par Brigitte Bègue

[07-11-2013]

Le 7 novembre, la Cour d’appel de Montpellier a infirmé un jugement qui reconnaissait la responsabilité de l’entreprise Comurhex, filiale d’Areva, dans la leucémie contractée par Michel Leclerc, qui avait travaillé quatre ans sur son site de Malvési (Aude), où le concentré d’uranium est transformé.

Embauché par la Serci, une société sous-traitante, de 1980 à 1984, ce mécanicien a été en contact avec le concentré d’uranium que l’usine de Cormurhex transformait. En 1983, il commence à ressentir une extrême fatigue. Ce n’est qu’en 1991 qu’il découvre que sa maladie, une leucémie, est liée aux matières radioactives présentes sur le site : « Des analyses d’urine réalisées en 1983, qui lui avaient été cachées, révélaient un taux d’uranium jusqu’à dix fois supérieur à la norme », affirme le Réseau Sortir du nucléaire.

En 1999, le tribunal des affaires de la Sécurité sociale reconnaît sa maladie professionnelle et la faute grave de la Comurhex. En juin 2012, le Tgi de Narbonne reconnaît que la filiale d’Areva est responsable de la leucémie de Michel Leclerc.

L’usine a fait appel de cette décision et une audience a eu lieu le 25 septembre dernier. Le verdict rendu hier dégage toute responsabilité de la Comurhex au prétexte qu’elle n’est pas l’employeur du mécanicien.

« La Serci était effectivement l’employeur de Michel Leclerc mais celui-ci recevait directement ses ordres de la Comurhex, souligne le Réseau Sortir du nucléaire. Il y avait donc un lien réel de subordination. De plus, c’était la Comurhex qui effectuait le suivi médical des travailleurs. »

Michel Leclerc n’est pas un cas unique : de plus en plus de salariés du nucléaire sont employés par des entreprises sous-traitantes et nombreux sont ceux qui sont malades à cause de leur exposition à la radioactivité. Ils supportent plus de 80 % des doses de radiation reçues sur les sites annuellement. Changeant d’employeurs souvent, la plupart n’ont ni suivi médical, ni accompagnement. Ils ne sont répertoriés sur aucun registre. Ni vu ni connu, les entreprises donneuses d’ordre sont tranquilles.

« On est des sacrifiés, s’insurge Philippe Billard, président de l’Association santé sous-traitance qui se bat pour la reconnaissance des maladies engendrées par la contamination radioactive. On avale de la poussière radioactive, elle se dépose sur notre corps. A force, ça provoque des fractures de l’Adn. C’est ça que je voudrais faire reconnaître. Car quand le cancer radio-induit est déclaré, c’est trop tard. »