Les ouvriers retiraient l’amiante sans protection

avril 3, 2013 6:44 Publié par Laissez vos commentaires

Un chef d’entreprise de Châtillon-sur-Cher était jugé, hier, pour avoir mis en danger ses employés lors de chantiers de désamiantage.

Tribunal correctionnel de Blois

C’est à la suite d’une dénonciation que la gendarmerie et l’inspection du travail sont venues visiter l’entreprise de travaux publics Teillard, à Châtillon-sur-Cher. Ce 6 mars 2012, ils découvrent, stockées à l’air libre, plusieurs tonnes de plaques de fibrociment provenant de chantiers de désamiantage. « Ce stock n’était pas protégé et se trouvait près d’une fromagerie, d’une vigne et de maisons. Fort heureusement, il n’y a pas eu de contamination à l’amiante de l’environnement immédiat » a indiqué, hier, le contrôleur du travail lors du procès du patron de cette entreprise qui se trouve en redressement judiciaire.

Didier Teillard était renvoyé devant le tribunal pour répondre de 18 infractions, dont la plus grave, celle d’avoir mis en danger ses propres ouvriers. Ces derniers ont, en effet, participé à trois chantiers notamment à Noyers et à Saint-Aignan (chantier de l’hôpital) sans être équipés de tenue de protection. « Lorsque nous avons fait remarquer à notre patron que nous n’étions pas habilités pour le désamiantage, il nous a dit qu’on pouvait aller pointer au chômage et que d’autres étaient prêts à prendre notre place. Aujourd’hui, je pointe au chômage et j’ai démonté de l’amiante » témoignait, hier, un salarié, licencié en décembre dernier, et qui a réclamé 2.000 € de dommages et intérêts. « C’est faux », s’est défendu Didier Teillard. On lui reproche aussi d’avoir envoyé sur le chantier de l’hôpital de Saint-Aignan un jeune apprenti alors que la réglementation l’interdit. Le jeune homme également présent au procès déclare avoir demandé une tenue de protection qui lui aurait été refusée par son patron. « Faux », rétorque encore le prévenu.

Mais Me Rapin, l’avocat de l’apprenti, ne cache pas son agacement. « Dans cette entreprise, c’est un peu marche ou crève ! Il suffit de quelques secondes pour trouver sur Internet toute l’information sur les dangers de l’amiante. Mon client est inquiet sur ce qu’il a pu respirer sur ce chantier, » déclare l’avocat de la partie civile qui réclame 5.000 euros.

Le patron de l’entreprise n’avait pas l’autorisation nécessaire pour le transport et l’entreposage de l’amiante et plaide le manque d’information. « C’était une activité occasionnelle, avec seulement trois chantiers de ce type en 14 ans. Nous sommes une petite structure, cela représentait de petites quantités. » « Alors, il ne fallait pas accepter ces chantiers si vous ne pouviez pas les assurer convenablement », rétorque le président Xavier de Bernouis. Le tribunal se demande si le responsable de l’entreprise a péché par négligence ou si ces manquements étaient délibérément commis pour éviter des surcoûts notamment en équipements de protection.

Le parquet estime que ce patron a « profondément méprisé la réglementation. » La vice-procureure Alexandra Péthieu juge peu convaincantes les explications du prévenu. « Il était conscient de la dangerosité de l’amiante. Heureusement, il a depuis régularisé la situation », a observé le ministère public qui a requis une peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis et de fortes amendes.

Jugement le 2 avril

Pour la défense de Didier Teillard, Me Herrault plaide la relaxe pour la mise en danger. « Mon client n’a jamais eu l’intention de mettre en danger ses salariés. Il a été négligent mais la réglementation est très compliquée. » La défense, tout en montrant aux juges une photo de dépôt sauvage de fibrociment, indique que peu de gens respectent les textes de protection de l’environnement. « Appliquez la loi de façon humaine » a conclu Me Herrault.

Le tribunal rendra son jugement, mardi 2 avril.

Lionel Oger