Les travailleurs du bitume devront être mieux protégés

septembre 17, 2013 3:04 Publié par Laissez vos commentaires

Par Sylvie Boistard  [12-09-2013]

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pointe un risque sanitaire pour les salariés exposés aux fumées nocives du bitume et insiste dans un rapport, rendu public le 11 septembre, sur « l’importance de la mise en place d’une surveillance étroite des émissions potentiellement dangereuses pour les travailleurs ».

Ce rapport fait suite à la saisie de l’Anses par la Fédération nationale des salariés de la construction (FNSC-CGT) afin de synthétiser les études sur ces produits et d’évaluer les risques pour l’homme.

Les bitumes sont en effet des résidus de raffinage du pétrole, utilisés pour les travaux routiers mais aussi pour l’étanchéité des toitures et encore des terrasses. « En tant que résidus de distillation, les bitumes sont des mélanges de composés chimiques nombreux et variés (plus de 10 000 composés) dont il est impossible de dresser une liste précise », souligne l’Anses.

Que ce soit dans le domaine de la construction et de l’entretien des routes ou de l’étanchéité des toitures et des terrasses, «les différentes utilisations des liants bitumineux peuvent induire une exposition directe des travailleurs aux bitumes mais surtout à leurs émissions, lorsqu’ils sont chauffés pour leur manipulation », indique l’Anses. Jusqu’à 93.000 salariés français seraient concernés par une exposition à la fumée de bitume : entre 5.000 et 85.000 ouvriers du secteur de la construction et de l’entretien des routes et près de 8.000 ouvriers qui travaillent sur l’étanchéité des toitures, selon des données rapportées par l’Agence.

Des effets sanitaires certains

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a d’ailleurs récemment classé l’exposition aux bitumes oxydés et à leurs émissions lors des travaux d’étanchéité comme cancérogène probable pour l’Homme et l’exposition aux bitumes et leurs émissions lors de la pose d’enrobés et/ou lors de travaux d’asphaltage comme cancérogène possible.

Les études épidémiologiques ont également mis en évidence l’existence d’effets respiratoires (asthmes, bronchites chroniques…) liés à une exposition des travailleurs. Des effets cardiovasculaires et immuno-toxiques sont également suspectés. Pour les effets cutanés, l’Anses souligne « qu’il n’est pas possible, en l’état actuel des connaissances, de tirer des conclusions définitives concernant l’existence ou non d’un risque de développer un cancer cutané chez les travailleurs exposés aux émissions de bitumes et que des données sont également nécessaires afin d’évaluer les effets conjugués liés à une co-exposition aux émissions de bitumes et aux rayonnements solaires ».

Réduire les expositions

La réduction des expositions professionnelles aux fumées de bitume ne pourra se faire sans passer par des « mesures de prévention collective et d’adaptation de l’organisation du travail », comme par exemple « décaler les horaires plus tôt l’été de manière à réduire l’impact de la chaleur » ou « évaluer la pertinence d’un système de rotation des postes de travail permettant aux travailleurs d’alterner différentes tâches ». L’Agence préconise un suivi médical approprié des travailleurs, encourage la sélection des « produits et procédés d’application les moins exposants », et le respect « des températures propres à l’utilisation de chaque produit bitumeux ».