Les victimes de l’amiante ne lâcheront rien

avril 9, 2014 8:05 Publié par Laissez vos commentaires

Jean-Yves FRICAULT.

Le 10 avril, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris dira qui, des responsables désignés du scandale de l’amiante, sera jugé au pénal. Dans le bassin de Condé-Flers, les survivants sont pressés.

« Nous serons bientôt fixés. En espérant que le procès au pénal puisse alors avoir lieu rapidement. » Me Michel Ledoux, avocat de l’Association locale des victimes de l’amiante de Condé-Flers (Aldeva, 625 adhérents), attend avec impatience le 10 avril.

Ce jour-là sera confirmé, ou non, l’arrêt de la Cour de cassation du 10 décembre dernier, lequel a invalidé l’annulation des poursuites contre neuf personnes, dont Martine Aubry. « Tous demandent à la cour d’appel l’annulation de leur mise en examen. » Si certains épuisent les voies de recours, les victimes s’épuisent tout court.

Vendredi, à Condé-sur-Noireau (Calvados), lors de l’assemblée générale de l’Aldeva, son président François Martin et Me Ledoux ont redit, devant plus d’une centaine d’adhérents, combien « le pénal doit rendre justice aux morts de l’amiante, comme à ceux qui se battent encore ».

Des tonnes de fibres

Si la maire de Lille, mise en cause pour son rôle au ministère du Travail entre 1984 et 1987, n’attire pas les foudres de l’Aldeva, les membres de la Commission permanente amiante (CPA) et les dirigeants du site condéen de Ferodo-Valeo restent dans le collimateur. « Nous sommes sur les dents », martèle le président.

Localement, l’Aldeva poursuit également le combat pour les 323 licenciés d’Honeywell, dont l’usine a fermé fin juin 2013. « Nous voulons que la reconnaissance d’exposition à l’amiante aille jusqu’à cette date. » Si la fibre est interdite depuis 1997, la cessation d’activité n’a accordé que trois années supplémentaires. Le contact entre les poumons et ce poison lent n’aurait-il pas continué ensuite?

Pourtant, le danger plane encore sur Condé. « Les travaux de démantèlement en cours auraient déjà dégagé des tonnes d’amiante, tonne François Martin. La preuve que les salariés en ont respiré jusqu’au dernier moment. »

Il ne serait question que de « fric », pour éviter d’accorder des droits et d’indemniser de potentiels futurs malades.

« La Vallée de la mort »

Dans la salle, Ange Poussier, 75 ans, reste attentif. « J’ai passé 28 ans au service mélange. Un masque « nez de cochon », infect, était notre seule protection. » Il est reconnu travailleur amianté à 15 %. « À ma retraite, en 1996, j’ai mis six ans à me retaper. Aujourd’hui, à part le souffle, je ne me plains pas trop. » Il a trop vu partir des copains plus jeunes.

Encore pimpante avec ses 86 ans, Yvette Asselin raconte aussi ses presque trente années passées chez Ferodo-Valeo, dans la « Vallée de la mort ». « J’étais à la filature des tresses de fil d’amiante. Aux Fontaines, à la Petite-Suisse et enfin Condé. »

Reconnue amiantée à 25 %.Son mari Roger était lui au tissage. Il est décédé en 2006.