Marseille : la très longue plainte des victimes de l’amiante

janvier 16, 2017 7:15 Publié par

Soro et JulieÉcrit par  Gérard Lanux  samedi 14 janvier 2017 09:03

 

 

 

 

 

Jacques Soro et Julie Andreu, son avocate, à la sortie de l’audience. Photo la marseillaise L’utilisation de l’article, la reproduction, la diffusion est interdite – LMRS – (c) Copyright Journal La Marseillaise

Audience mercredi au tribunal de Marseille suite à la plainte d’un salarié victime de ce poison à retardement. Rendu du délibéré le 1er mars. La réticence des chefs d’entreprise est encore grande pour reconnaître les conséquences dramatiques de l’exposition à ce matériau.

Jacques Soro, ancien salarié d’EDF, est très ému alors qu’il sort de la salle d’audience du tribunal de Marseille. Un conflit d’importance l’oppose en effet à son ancien employeur, pour cause d’exposition prolongée à l’amiante, matériau qui a fait des ravages chez les salariés de multiples professions.

Disons que Jacques n’est qu’une victime, parmi la dizaine de milliers, qui a fait appel à la justice pour faire reconnaître une maladie déclarée ou un préjudice d’anxiété qui empoisonne leur vie quotidienne. Travailleurs du bâtiment, de la construction et de la réparation navale, cheminots ou comme Jacques, technicien labo-environnement dans une centrale thermique à fuel de Martigues. « Le matériel était très vieillissant, les installations quasiment à l’abandon et nous passions un temps interminable à dépoussiérer et décrasser les brûleurs, chargés d’amiante. Selon moi, c’est à ce poste de travail qu’il y a eu un vrai problème. »

Ce problème, Jacques en parle ouvertement, à la sortie de la salle d’audience où l’ont accompagné ses camarades des multiples associations régionales de soutien aux victimes. « En 2012, la médecine du travail a détecté une tache sur l’un de mes poumons, poumon que l’on m’a enlevé depuis. »

Atteint d’un cancer et diminué, « je ne suis plus le même qu’avant », confie-t-il, il exprime aussi une méfiance bien légitime à l’égard de son ancien employeur qui ne cesse de faire appel des jugements prononcés pour que son indemnisation soit revue à la hausse. « Ce à quoi s’était pourtant engagé l’ancien président d’EDF », remplacé depuis par un autre qui ne l’entend pas de la même oreille.

Julie Andreu, l’avocate de Jacques, relève en outre que « EDF conteste même l’exposition à l’amiante de Jacques Soro, alors qu’il n’a jamais bénéficié d’une quelconque mesure de protection » de ce poison qui agit sur le long terme. « Ce que nous exigeons du tribunal aujourd’hui, c’est une vraie reconnaissance de la faute commise à l’encontre de ce salarié. » Alors que le tribunal des affaires de Sécurité sociale a considéré qu’une victime d’une maladie bénigne causée par ce matériau n’avait droit à rien de plus que le capital accordé par la Sécu, de l’ordre 1 900 à 2 000 euros Jacques Soro, portant gravement malade, a été contraint de faire appel au Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante.

Des associations maintiennent la pression élevée

Ces demandes d’indemnisation justes sont le combat quotidien des associations qui se battent pour faire reconnaître l’ampleur des préjudices subis par ces salariés qui, en toute impunité, ont été exposés à ce matériau. Dont les dangers extrêmes sont connus « depuis le début du XXe siècle », expliquent ces associations. Qui ajoutent que des manifestations qui paraissent bénignes, sont très souvent le signe d’affections beaucoup plus graves. « Ainsi, les plaques pleurales sont-elles un signal plus que sérieux d’une prédisposition à de futures maladies. Nous demandons donc une indemnisation globale de toutes les victimes, déjà atteintes ou qui souffrent du préjudice d’anxiété. » Des associations, comme l’Adevimap, à Martigues, qui constatent aussi que « parmi les nombreux cas décelés, figurent ceux d’employés de la sous-traitance et beaucoup d’immigrés, souvent peu au fait des procédures à accomplir et même ignorants des recours possibles pour obtenir réparation de la part de leurs employeurs ». Un combat de plus de vingt ans qui finit par porter quelques fruits. « Mais on est encore bien loin de la reconnaissance pleine et entière des ravages causés par l’amiante. »

G.L.