« Olivetti : pour les morts de l’amiante, 6 ans et 8 mois de prison réclamés pour De Benedetti »

juin 28, 2016 9:34 Publié par

LA STAMPA , »Olivetti : pour les morts de l’amiante, 6 ans et 8 mois de prison réclamés pour De Benedetti »

par Giampiero MAGGIO (Ivrea)

Les peines demandées  par l’accusation :

6 ans et 8 mois pour Carlo Benedetti

6 ans et 4 mois pour Franco De Benedetti

3 ans et 6 mois poiur Corrado Passera

Lorsque Laura Longo, l’une des deux procureures dans le procès pour les morts et les malades exposés à l’amiante chez Olivetti, aux côtés de Francesca Traverso, sa collègue, prononce les peines requises par l’accusation, on n’entend pas une mouche voler dans la salle d’audience . Après près de 6 heures de réquisitoire le climat est tendu, la fatigue se lit sur les visages, tandis que la juge, Elena Stoppini, foudroie du regard quiconque ose proférer un seul mot.

15 demandes de condamnations

Puis arrivent les peines réclamées par le procureur. On attendait de lourde peines pour les responsables.Les voici :

6 ans et 8 mois pour Carlo De Benedetti,

6 ans et 4 mois pour son frère, Franco De Benedetti,

8 ans et 6 mois pour l’ex ministre Corrado Passera.

A la barre il y a les PDG et les chef d’entreprise qui ont dirigé l’établissement depuis la fin des années 60 jusqu’au début des années 2000.

Les peines requises les plus lourdes l’ont été contre l’ingénieur [Carlo Benedetti] et son frère.

L’étendue de ses pouvoirs de décision a pesé lourdement.  « S’il est vrai que dans une société de capital la direction de l’entreprise incombe au conseil d’administration dans sa totalité, chez Olivetti existait une situation particulière – souligne Laura Longo – : des pouvoirs extrêmement étendus, étaient concentrés dans les mains de l’administrateur délégué [Carlo Benedetti] « .

Un autre fondement de l’accusation était le suivant : « les accusés, et notamment De Monte, ne se sont jamais présentés à l’audience, ce qui a montré leur désintérêt pour cette affaire. »

Les autres peines réclamées :

2 ans et 2 mois pour Renzo Alzati,

2 ans et 6 mois pour Giuseppe Calogero,

2 ans pour Roberto Fratini,

3 ans et 8 mois pour Luigi Gandi,

4 ans pour Manlio Marini,

8 mois pour Anacieto Parziali,

2 ans pour Luigi Pistelli,

2 ans et 8 mois pour Paolo Smirne,

2 ans et 8 mois pour Pierangelo Tarizo,

2 ans pour Silvio Preve,

1 an pour Filippo De Monte.

L’accusation a demandé la relaxe de Roberto Colaninno et d’Onofrio Bono, poursuivis pour atteintes à la santé, au motif que « le fait ne subsiste pas », tandis que Maria Luisa Ravera, l’ancienne responsable du service « écologie et environnement » a été mise hors de cause en raison de graves raisons de santé.

Les éléments-clés de l’accusation

– l’utilisation dans de très nombreuses activités de talc contaminé par de la trémolite qui « n’a été remplacé par des produits de substitution qu’en 1986, alors que que dès 1981 le centre polytechnique de Turin en avait démontré la dangerosité »,

– les dangers de l’amiante présent dans les structures,

– l’absence de protection alors que l’entreprise Olivetti, selon l’accusation, connaissait déjà les risques.

Il faut y ajouter des questions plus techniques, comme l’étendue des pouvoirs de décision et le lien causal auxquelles se sont confrontés les experts et les conseillers.

Tout cela a conduit les procureurs à demander de lourdes peines.

« Nous sommes surpris, a déclaré Tomaso Pisapia, avocat de Carlo De Benedetti, que l’accusation n’ait pas tenu des dernières pièces que nous avions produites. En particulier des documents concernant le talc, qui démontrent que dès les années 70, ce produit ne contenait plus d’amiante. »

Pour la Fiom [fédération de la métallurgie] de Turin , en revanche « les réquisitions sont un premier pas pour rendre justice aux victimes », comme l’a souligné le secrétaire provincial, Federico Bellono.

600 000 euros

Selon Giulio Calosso, avocat pour la municipalité d’Ivrea qui s’est constituée partie civile,  » Cette affaire constitue une véritable trahison à l’égard d’une communauté toute entière ». La ville d’Ivrea réclame un acompte provisionnel de 600 000 euros [à valoir sur les dommages et intérêts au civil], l’agglomération réclame un demi million d’eurois.

Prochaines étapes :

– audience les 20-22 et 27 juin, puis le 11 juillet pour les réponses.

– verdict sera le 18 juillet.