Procès de l’amiante à Aix : 700 salariés en colère

décembre 18, 2015 4:35 Publié par
  16 12 2015 Marseillaise
700 à 800 salariés, associatifs et syndicaux dénoncent les scandales du TASS.
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La journée du 16 décembre fut éprouvante pour nombre de victimes, comme ce salarié expérimenté d’ArcelorMittal qui a dû dépasser son émotivité, les conséquences lourdes de sa maladie et les pratiques d’intimidation de la partie adverse avant d’arriver à la barre. Exposant son cas, il aura en outre, à devoir déjouer les tours de l’entreprise qui le soumettrait presque à s’excuser d’être malade (!).

Un cas comme tant d’autres, en Paca (région de France la plus touchée par les maladies professionnelles dues à l’amiante), répartis en moyenne « en 500 à 600 morts dans la réparation navale et 1000 malades, 200 morts et 500 malades à Berre, et 400 malades à Toulon », selon Julie Andreu, avocate de la défense.

A la Duranne, la cour d’appel (dont ressort le tribunal des Affaires de Sécurité Sociale (Tass)), n’a pas désempli. Arrivés en cars des quatre coins de la région, 700 à 800 salariés, victimes, représentants syndicaux ou associatifs (Adevimap, Le Caper Eternit, 04, Avapa, Sos amiante Cheminots, membres Andeva, Ardeva SE, Mutuelle de la Méditerranée Addeva Gard Rhodanien, Le Centaure Caps 84, l’Asava), se rassemblaient en début d’après-midi pour dénoncer « des indemnisations au rabais qui se réduisent mois après mois comme peau de chagrin ». Au-delà de la dizaine de dossiers qui comparaissait, manifestants et avocats déplorent l’attitude virulente des entreprises malgré leurs responsabilités inéluctables et remettent en question une justice étrangement impartiale et, par conséquent, régressive. Guy Dubost précise : « Il y a recul sur la faute inexcusable de l’employeur, la cour d’appel d’Aix de plus en plus restrictive, estime qu’Arkema n’a pas commis de faute car ils ne pouvaient avoir conscience du danger… »

De son côté, Julie Andreu rapporte : « Le Tass de Marseille n’indemnise plus les victimes depuis 1 an et demi, ne reconnaissant plus le préjudice subi. Les victimes sont donc depuis 1 an et demi, sans indemnités. L’unique rente à laquelle ils peuvent prétendre, s’élève au maximum à 1400 euros, somme versée deux fois ».

Une situation grotesque qui transforme la victime en responsable. D’autant que la situation s’aggrave : « Il y a 10 ans, le TASS indemnisait à hauteur de 45 000 euros, il y a 5 ans : 17 à 20 000 euros. Aujourd’hui, le juge en place ne donne plus rien », ajoute l’avocate des victimes, rappelant l’origine des fonds d’indemnisation : « une branche mutualisante des entreprises et leurs assurances ».

Dans la journée, les salariés exigeaient une sanction du tribunal par la justice, et ne cachent pas aujourd’hui « plancher sur une éventuelle récusation du juge pour janvier, prochaine date ». Pour rappel, 10 victimes de l’amiante meurent par jour, soit de 3 à 5000 par an. Les scientifiques estiment que l’amiante causera 100 000 décès, les maladies ne se déclenchant que 20 ans après l’exposition.

 

Houda Benallal