SNCM : 15 ans de politique de l’autruche sur l’amiante portés en justice

octobre 6, 2015 6:49 Publié par

LA MARSEILLAISE  30 septembre 2015

Les salariés de la SNCM ont été exposés à l’amiante. Le CHSCT des ateliers et Capdem déposent une plainte au Tribunal de Grande Instance de Marseille.

Ce sera la deuxième plainte contre les directions successives de la SNCM, après celle déposée par le membre du CE Frédéric Alpozzo contre X pour faillite organisée et abus de biens sociaux et qui doit être examinée par la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence le 14 octobre prochain.

Depuis plus de 25 ans, et depuis 2000 en connaissance de cause, les ajusteurs, serruriers, tuyauteurs, plombiers, chaudronniers, mais aussi le électriciens, menuisiers, maçons et tapissiers des ateliers SNCM, jusqu’à ce jour, utilisent, manipulent, démontent, découpent, des matériaux amiantés sans protection, dénoncent le CHSCT.

Dans le déni depuis 15 ans, l’employeur n’a jamais mis en place les dispositions exigées par la loi.

Ne reste-t-il de barre, à la direction de la SNCM, que celle du tribunal ? Entre le redressement judiciaire et ses salariés qui lui demandent des comptes, un sale temps souffle dans les voiles de la compagnie. Le fait est qu’ils en ont assez de trinquer pour la gestion inconséquente de leur direction, à tout niveau.

Mardi, c’est au pénal que les salariés des ateliers, quelques marins en prime, se sont rendus au TGI pour un dépôt de plainte « au nom du CHSCT, représenté par Marc Kinzel, et de l’association Capdem, représentée par Olivier Piana, contre la SNCM, personne morale et personnes physiques, pour mise en danger de la vie d’autrui sur des faits qui se sont déroulés entre 2000 et 2015, d’exposition à l’amiante », précise maître Julie Andreu.

Criminelle inertie

A la charge de la SNCM, est pointée dans le dossier, une série d’incidents récents et répétés : en 2003 et 2006, le magasin de pièces de rechange s’est vu livré par ses fournisseurs des joints neufs constitués d’amiante. En 2005 et 2006 des prélèvements d’air dans différentes salles des ateliers avèrent la présence de ce poison au long cours dont l’usage est interdit depuis 1997.

En 2009 un rapport d’expertise met en évidence la carence de la SNCM. En 2011, une note de service avérant la présence d’amiante dans les navires semble montrer qu’une prise de conscience émerge… mais reste sans effet. En 2012, les élus du CHSCT sollicitent une réunion extraordinaire à la suite de la découverte d’une plaque d’amiante sur le Méditerranée, mais il faudra attendre l’enquête de l’inspection du travail en 2014 pour que la SNCM rejoigne la liste des établissements ouvrant droit à l’ACAATA, alors que « des salariés ont d’ores et déjà développé des pathologies liées à leur exposition à l’amiante » et que « plusieurs d’entre eux sont décédés ».

Des années d’inertie que cette plainte vient secouer. Ainsi Gérard Couturier, Jean-Marie D’Aspe, Marc Dufour, Thierry Le Carpentier, Lionel Ardenet, Rémy Laserre, Philippe Dabas, et Olivier Diehl devront-ils répondre de ces graves manquements à la loi. D’autant que la plainte est déposée avec constitution de partie civile. Les syndicats CGT marins et sédentaires s’y attellent…