Un lycée du Val-de-Marne déserté à cause de l’amiante

janvier 12, 2018 10:10 Publié par

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Un lycée du Val-de-Marne déserté à cause de l'amiante

 

Au lycée Georges-Brassens de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne), les classes sont vides depuis la rentrée scolaire de janvier. Les professeurs exercent leur «droit de retrait». En cause : des expertises floues sur la présence d’amiante dans l’enceinte de l’établissement.

Le premier incident remonte au 25 novembre, quand la direction du lycée Georges-Brassens à Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne) annonce la fermeture d’une salle de l’établissement. Un morceau de flocage, tombé du plafond et analysé, présente des traces d’amiante. Il faudra ensuite attendre plusieurs semaines avant que le personnel encadrant n’annonce la destruction de l’ensemble des ordinateurs présents dans cette salle. En effet, des fibres d’amiantes sont mesurées dans l’air, avec un taux deux fois supérieur à la normale, soit 11 fibres par litre d’air alors que la norme est à 5. Depuis, les professeurs font valoir leur «droit de retrait», qui permet aux salariés de marquer leur refus de travailler dans une situation dangereuse. S’ils refusent de dispenser leurs cours dans l’ensemble du lycée, les élèves, eux aussi, s’opposent à l’idée de revenir y étudier.

Des analyses contradictoires

Au cœur de la discorde, deux expertises contradictoires rendues par la Région Ile-de-France. Une première analyse approfondie, remise en 2015 après un incident similaire, stipulait qu’il n’y avait pas d’amiante dans les flocages, matière isolante présente dans les faux plafonds des salles de classe, mais que ces derniers étaient dégradés. Le 5 janvier, une nouvelle expertise vient objecter la précédente: il y a bien de l’amiante dans l’ensemble des flocages, mais ces derniers ne sont pas dégradés, soit l’exact opposé de l’analyse rendue il y a trois ans. Ces nouveaux tests permettent à la Région d’arguer que l’établissement ne présente aucun risque, les flocages étant décrits comme en bon état. Face à ces contradictions, élèves et professeurs réclament désormais une analyse indépendante. Si la Région refuse de pratiquer une nouvelle expertise, elle propose néanmoins une réunion avec la société chargée des analyses, afin de rassurer parents et professeurs. Une autre expertise a parallèlement été demandée à l’Agence régionale de Santé (ARS).

Les élèves mobilisés pour trouver des solutions de repli

Des solutions qui sont loin de satisfaire les élèves et le corps enseignant. Au cours d’une réunion qui s’est tenue mercredi, les professeurs ont décidé de maintenir leur droit de retrait pour ce jeudi. «Nous demandons une sécurisation des flocages et une totale transparence de la part de la Région», explique un professeur au lycée Georges-Brassens et représentant syndical pour le SNES-FSU. Une réunion où le rectorat de Créteil a brillé par son absence puisqu’aucun représentant n’était présent, selon Mme Sarlin, professeur d’économie et représentante du SNALC . «Nous n’avons aucun signe de notre employeur, le rectorat. Nous aimerions un courrier qui nous dise noir sur blanc “vous pouvez reprendre le travail en toute quiétude”», ajoute-t-elle, indignée.

Les élèves, eux, se sont également réunis mercredi. À cette occasion, plusieurs camarades du lycée Georges-Brassens ont contacté les mairies des communes avoisinantes pour leur demander si des salles pouvaient être mises à leur disposition. «Nous n’attendons que de pouvoir retourner en cours dans des conditions saines», explique Louis Boyard, le représentant syndical de l’Union nationale lycéenne (UNL). La Région a bien proposé de remplacer les faux plafonds des salles de classe pendant les vacances de février. Mais le délai est jugé trop long, selon les élèves et leurs enseignants, qui craignent pour leur santé.

Un lycée qui accumule les problèmes

Ces révélations concernant l’amiante interviennent dans un contexte déjà tendu au lycée Georges-Brassens. En effet, ce n’est pas la première fois que l’insalubrité de l’établissement est remise en cause. «Il y avait déjà eu des doutes dans les années 90 sur une possible présence d’amiante», explique un professeur.

Louis Boyard, étudiant en Terminale est plus sévère: «Le lycée a été construit dans les années 60, en dessous de l’aéroport d’Orly, à proximité d’une zone Seveso, d’une déchetterie et sur d’anciennes galeries… Du coup le sol est en train de s’effondrer sous nos pieds…». En novembre, les enseignants s’étaient déjà mis en grève, certains allant jusqu’à manifester devant le rectorat. Ils réclamaient notamment plus de moyens pour prendre soin des locaux, très délabrés. Le lycée devrait faire l’objet d’une rénovation début 2019.