Victimes de l’amiante: «On crève les uns après les autres et personne n’est responsable!»

novembre 7, 2013 2:43 Publié par Laissez vos commentaires

Rassemblement des victimes de l’amiante et de l’association Andeva contre l’abandon des poursuites dans le cadre du procès de l’amiante en France devant le Pôle Santé à Paris le 6 novembre 2013.

SOCIAL – Les victimes de l’amiante ont manifesté, ce mercredi, devant le pôle judiciaire Santé publique, pour réclamer un procès pénal…

Les petites effigies en papier se sont envolées brièvement avant de retomber devant le pôle judiciaire Santé publique de Paris. «Il y en a 29.893 précisément. Autant que le nombre de morts dus à l’amiante depuis dix ans», lâche Pierre Pluta. Le président de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) a emmené, ce mercredi, une centaine de militants pour réclamer, une fois de plus, un procès pénal de l’amiante, dix-sept ans après le dépôt des premières plaintes.

Le compte-à-rebours de l’amiante

Les membres de l’association commencent à avoir l’habitude de manifester. Pour l’occasion, ils ont ressorti le cercueil noir, les combinaisons blanches et les portraits de leurs proches disparus. Jean-Marie en connaît un bon paquet. Agent de maîtrise dans l’aciérie Sollac de Dunkerque (Nord) pendant 43 ans, il a envoyé ses gars «respirer cette saloperie» pendant des années. Aujourd’hui, «un quart d’entre eux sont morts», estime-t-il. Moustache impeccable, lui ne souffre aujourd’hui «que» de plaques pleurales. «J’attends de déclencher un mésothéliome (cancer de la plèvre). Quand ça arrivera, je sais qu’il me restera six mois…»

Cheveux blancs et gestes lents, tous les anciens ouvriers des aciéries ou des chantiers navals connaissent bien le compte-à-rebours de la «poudre blanche». «On crève les uns après les autres et personne n’est responsable», résume Gérard, ancien électricien sur les chantiers navals.

100.000 morts dans les vingt prochaines années

Car la justice ne cesse d’annuler des mises en examen, estimant que les responsabilités ne sont pas clairement établies. Jeudi, la cour de cassation devrait d’ailleurs le confirmer sans que cela n’entame la détermination des victimes. «Nous déposons au pôle Santé publique 1.148 dossiers de victimes, dont 169 personnes décédées», lâche Pierre Pluta.

A ses côtés, Michel Parigot, vice-président de l’association, est persuadé du résultat final. «L’amiante va continuer à faire des morts pendant vingt ans. On en prédit même 100.000. Cela aboutira tôt ou tard à un procès. Nous serons peut-être plus là mais nos proches, nos enfants si…»

La manifestation s’achève. Un militant s’empare du micro pour rendre hommage à Daniel. «Il devait être avec nous aujourd’hui mais il est mort ce matin d’un mésothéliome, lâche-t-il. Sa femme nous a prévenus qu’elle voulait poursuivre le combat…»

Vincent Vantighem